L’actu

Chiffres clés pour réfléchir

Que de chiffres ! Cette semaine encore, les chiffres nous gâtent et appellent à la réflexion, à l’étonnement voire à la stupéfaction !

100

C’est en millions, le nombre de visites que le jeune patron de Melty vise pour son site dès 2016. 6 ans après avoir créé Melty, le site de référence pour les jeunes, Alexandre Malsch vient de lancer une levée de fonds, qui pourrait atteindre 25 millions d’euros, afin de financer son développement international.

20

C’est en millions d’euros, le chiffre d’affaires que les radios privées Françaises estiment avoir été indument ponctionné par Radio France sur le marché publicitaire en 2014. Le Bureau de la Radio (BDR), le Syndicat des réseaux nationaux (SRN), le Syndicat des radios généralistes privées (SRGP) et le Syndicat des radios et télévisions indépendantes (SIRTI) unissent leurs colères et assignent Radio France devant le tribunal de commerce de Paris. Une première.

236 000

C’est le nombre d’emplois détruits par la France en trois ans. Selon l’Insee, le nombre d’emplois dans le privé a baissé de 68 000 en 2014. L’industrie et la construction sont les deux secteurs les plus destructeurs d’emplois, alors que le tertiaire, avec à peine 13 000 créations, n’est pas en mesure de compenser.

50

C’est en milliards d’euros le montant des économies à opérer par la France, d’ici 2017, que la Commission européenne devrait valider. La crainte de voir Bruxelles ajouter 30 milliards d’économies aux promesses de la France s’éloigne. La contrepartie est l’engagement de procéder à  de véritables réformes.

1

C’est en milliard d’euros l’investissement que va consentir La Banque Postale à la modernisation de ses systèmes d’information d’ici 2020. Une somme conséquente, prix à payer pour devenir compétitive pour les comptes professionnels.

10

C’est en millions le nombre de téléphones à clapet qui se vendent au Japon. Un chiffre surprenant, confirmé par la progression des ventes de téléphones à clapet sur l’Archipel en 2014 qui atteint 5,3% quand la baisse des ventes de smartphones est de 5,7%, selon MM Research Institute. Comme quoi, les usages peuvent évoluer de façon étonnante et peu prévisible. En cause, le coût d’utilisation des smartphones, leur faible autonomie et leur manque de fiabilité sur la durée, selon MMRI. Un phénomène qui pourrait toucher d’autres marchés matures et inciter à la prudence.

1,7

C’est en pourcentage la baisse d’audience de France 2 en février. France 3 recule de 1,2% et TF1 de 0,7% quand M6 stagne. D8 progresse de 0,4% mais les autres chaînes privées voient leur audience baisser, France 5 et Arte continuent leur progression. Les chaines ne se battent plus seulement entre elles, elles doivent également affronter la concurrence du numérique et la modification des habitudes des téléspectateurs.

213

C’est le montant en millions d’euros de la baisse du budget des Chambres de commerce et d’industrie, contraintes de se réorganiser si elles souhaitent pouvoir maintenir leurs services aux entreprises partout en France. Premier effet : les chambres régionales devraient passer de 21 à 13.

7 000

C’est le nombre de personnes qui ont manifesté leur colère le 9 mars dans la rue contre le RSI et ses dérives. Une manifestation d’indépendants au sein de laquelle ni la CGPME, ni l’UPA, leurs deux organisations représentatives, n’étaient les bienvenues. Les petits patrons leur reprochent leur « mollesse » vis à vis du gouvernement sur le RSI. Les slogans très violents vus au cours de cette manifestation dénotent une forme de radicalisation dont l’issue est encore incertaine.

2,9

C’est en milliards de dollars, le poids du digital dans la publicité. Il représente 25% des investissements et vient de dépasser la presse. Selon l’Observatoire de l’e-publicité, le digital pourrait dépasser la télévision (30% en 2014) en 2015. Une véritable rupture.

L’abstention : le premier parti de France ?

Le premier tour des Départementales approche et les déclarations des responsables politiques ont tendance à se cristalliser autour du très bon score annoncé du Front National (voir nos articles précédents sur ce sujet), ils feignent d’ignorer le taux record d’abstention également prévu par les sondages, ont ils raison ?

Ces derniers jours, une avalanche de phrases chocs au sujet du poids probable du FN lors des élections des 22 et 29 mars s’est abattue sur les médias. Du « FNPS » au « tract ambulant », en passant par « l’arrachage des électeurs au FN », « l’angoisse » ou le souhait de « stigmatisation », tout est bon pour susciter la polémique et cela fonctionne. Ces sorties musclées, qui frôlent parfois le dérapage pas très contrôlé, ne laissent elles pas transparaitre une forme de désarroi  face aux électeurs du FN ? En tout cas,  le manque d’intérêt des partis à l’égard des 57% de Français qui ne souhaitent pas se déplacer vers les urnes ne peut que surprendre.

L’UMP prête au PS et au président de la République la tactique qui consisterait à tout faire pour valoriser le FN afin d’aplatir au maximum le score de la droite aux prochaines élections avec un objectif ultime bien entendu : que François Hollande soit au second tour de la présidentielle de 2017 face à Marine Le Pen. Admettons cette analyse courte et caricaturale qui, au moins, apporte une réponse à l’attitude du PS.

Mais quel est l’intérêt pour l’UMP d’ignorer ainsi le réservoir de voix que constituent les 57% annoncés d’abstentionnistes ?

Il est vrai que, traditionnellement, il est observé que les abstentionnistes, lorsqu’ils se déplacent aux urnes, votent comme les autres, donc ils ne feraient pas vraiment bouger les curseurs. Et si ce comportement était en train d’évoluer ?

Les motivations des abstentionnistes sont multiples et difficiles à cerner avec précision. Globalement, il y a un mécontentement à l’égard des partis et des responsables politiques, on peut également admettre que le vent positif qui souffle sur le FN aurait tendance à sur-mobiliser ses électeurs. En conséquence, le réservoir des abstentionnistes comprendrait une grande part d’indécis ou de déçus profonds mais sans appétence pour les thèses défendues par Madame Le Pen.

Dans ce contexte, ces abstentionnistes sont à reconquérir par les partis traditionnels.

La tentative désespérée d’une partie de la droite de séduire cet électorat ne serait elle pas une erreur de stratégie ? Ne devrait elle pas s’intéresser en priorité à ces non-votants volontaires et assumés ? Ne sommes nous pas face à une évolution de notre système démocratique difficile à identifier et pour laquelle les réponses du passé ne suffisent plus ? En effet, nos sociétés sont chahutées par des crises profondes et durables. Nous vivons une révolution numérique que beaucoup refusent encore, nous traversons un passage d’une économie à une autre, une transformation profonde de nos sociétés et sans doute de notre vie démocratique.

Il est complexe de comprendre les nouveaux usages de nos concitoyens comme il est évidemment difficile de déceler leurs véritables attentes. Or, les partis ont tendance à considérer que leurs militants sont le reflet de la société. Ils sont pourtant de moins en moins nombreux et de moins en moins représentatifs du plus grand nombre.

Parmi les abstentionnistes, certains sont à reconquérir et pourraient être séduits par une nouvelle offre politique plus moderne, pragmatique et moins ancrée dans les schémas du passé, si proches et déjà si lointains. C’est l’enjeu principal des prochaines échéances électorales mais surtout de notre organisation démocratique de demain.

Mathieu Quétel, président de Sountsou

 

France reprends toi !

Ce lundi, sort en librairie le livre d’Agnès Verdier-Molinié « On va dans le mur », un constat accablant d’une France terrassée par les impôts, des règles complexes et multiples, une organisation publique en surpoids. Une situation quasi désespérée qui nécessite selon l’auteure une réforme musclée et rapide.

Agnès Verdier-Molinié est la directrice de la Fondation pour la recherche sur les administrations (IFRAP), un Think Tank indépendant qui analyse les politiques publiques et propose des pistes de réformes. Interviewée vendredi 6 mars sur BFMTV elle expliquait le désarroi des élus de gauche et de droite face au mur de la réforme et leurs confidences sur la nécessité de tracer des pistes audacieuses, de ses nombreux échanges est née l’idée de son ouvrage.

Le Figaro Magazine daté du 6 mars lui a consacré sa une et publie quelques bonnes feuilles de ce livre qui décoiffe. Elle dresse un bilan sans concession mais passionnant sur la situation ubuesque de notre administration. Son passage sur les primes est édifiant : « Les primes sont si nombreuses et désorganisées que les doublons sont monnaie courante ». Il est vrai qu’avec 5,3 millions d’agents, notre service public aligne 300 Corps d’État et 1851 primes…

Extrait

« Le stock de normes est évalué à 400 000, parmi lesquelles 10 500 lois et 127 000 décrets répartis dans 62 codes différents. Et cela chaque justiciable devrait le connaitre ! Au mieux, les contradictions entre les normes justifieraient une certaine clémence de l’administration. D’autant que cette dernière n’est elle-même souvent pas au courant de la réglementation applicable. Au pire, leur accumulation devient nuisible sur le plan économique. »

10 objectifs pour s’en sortir selon Agnès Verdier-Molinié

  • Objectif n° 1 : Mener la revue des missions publiques de l’État, des régions et des communes et les répartir en supprimant les doublons ;
  • Objectif n°2 : Finir la réforme inachevée de l’État ;
  • Objectif n°3 : 5.000 super-communes en France d’ici 2025 ;
  • Objectif n°4 : Décentraliser la gestion des enseignants au niveau local ;
  • Objectif n°5 : 4,5 millions d’agents maximum dans la fonction publique française d’ici 2022 ;
  • Objectif n°6 : Embaucher uniquement des contractuels dans le non régalien à partir de 2020 ;
  • Objectif n°7 : Recentraliser la politique sociale et organiser la baisse des dépenses de protection sociale de 33 à 30% du PIB ;
  • Objectif n°8 : Limiter le nombre de lois, de taxes et de normes ;
  • Objectif n°9 : Un régime unique de retraite par points, un âge de départ à 65 ans en 2023 à raison de deux trimestres de plus par an (avec une part de capitalisation) ;
  • Objectif n°10 : Santé, responsabiliser les patients et réduire les redondances d’examens ;
  • Objectif n°11 : Flexibiliser le marché de l’emploi et donc le Code du travail ;
  • Objectif n°12 : Mettre en place une fiscalité pro-entrepreneuriat ;
  • Objectif n°13 : Poursuivre la réforme de la transparence de la vie publique ;
  • Objectif n°14 : Engager une procédure de désendettement avec pour objectif à long terme de faire baisser la dette de 700 milliards ;
  • Objectif n°15 : Grâce à tous ces objectifs, l’objectif final est d’atteindre un maximum de 52% de dépenses publiques par rapport au PIB en 2022, 50% en 2025.

Un livre très bien documenté et qui pourrait servir d’outil de travail à bien des élus désireux de « faire avancer la France ».

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Les bons mots de la semaine…

Politiques, chefs d’entreprise, écrivains ou autres personnalités nous alimentent de phrases à retenir ou pas, une sélection hebdomadaire de l’équipe de Sountsou établie de façon parfaitement arbitraire.

Manuel Valls, au Grand Rendez-Vous iTélé/Europe1/Le Monde, dimanche 8 mars

« Puis-je vous parler de mon angoisse pour mon pays ? C’est un Front national à 30% au premier tour. Son programme est un désastre pour le pays. Moi, je revendique la stigmatisation de Marine Le Pen. » 

« Est-ce que vous ne pensez pas qu’un Front national qui fait 25% aux élections européennes, peut-être 30% aux départementales, et ainsi de suite, ne peut pas gagner l’élection présidentielle? Pas en 2022, pas en 2029, mais en 2017 ! » 

Nicolas Sarkozy, au sujet de la nécessité d’avoir des jeunes autour de lui, cité par Challenges du 5 mars

« Je ne suis pas neuf, il faut donc du neuf autour de moi »

Dick Costolo, PDG de Twitter, sur les reproches des médias au sujet du manque de trafic généré par son réseau social vers les médias traditionnels, cité par le Figaro daté du 7 mars

« Je ne suis pas inquiet pour notre relation avec les médias : ils ont toujours été nos partenaires privilégiés. Quand une personne suit un journaliste sur Twitter, il va retenir son nom et être attentif à son travail où qu’il soit »

Daniel Cohn-Bendit au sujet des Verts, cité par Le Point du 5 mars

« Ils sont devenus les compagnons de route, naïfs et balourds de la gauche de la gauche »

Jean-François Copé, dans son tout nouveau blog, le 5 mars

« Si malgré les injures et les mensonges publics, je souhaitais poursuivre le combat au service de cette France qui m’a tant donné, alors je ne pouvais plus faire l’économie d’une profonde remise en cause. Une remise en cause que je sentais nécessaire depuis longtemps, mais que j’avais toujours reportée, par manque de temps et aussi peut-être, avouons-le, par manque de volonté » 

Jean-Marc Ayrault, à ses anciens collaborateurs de Matignon, cité dans L’Express daté du 4 mars

« Au début, quand je suis retourné sur le banc (NDLR : de l’Assemblée Nationale) comme simple député, c’était bizarre, chaque fois que le président de l’Assemblée, Claude Bartolone, appelait « le Premier ministre » au micro, j’étais à deux doigts de me lever pour répondre. Depuis, je me suis habitué… »

Christine Lagarde dans le Huffington Post US, citée par Le Point du 5 mars

« Moi, première femme présidente de France ? Aucune chance »                                                                                                                                                                                                                                                                                   

François Mitterrand, cité par Michèle Cotta dans son ouvrage « Le Monde selon Mitterrand » (Tallandier)

« Le journaliste, lui, peut écrire n’importe quoi et se tromper sur tout, cela ne change rien, ses journaux se vendent toujours aussi bien ou aussi mal »

Un élève à la professeure Mathilde Lévèque, cité dans son ouvrage « LOL est aussi un palindrome » (First Editions)

« – Madaaaaaame ! C’est trop bien votre truc de l’ironie par antiphrase, là ! Je teste trop de trucs avec ma daronne et quand je vois que ça passe pas, hop-hop-hop, je dis que c’est de l’antiphrase et c’est votre faute ! »

 

Quand Cash Investigation se paie l’entreprise

Le dernier numéro du magazine Cash Investigation diffusé mardi 3 mars sur France 2 a réunit plus de 3 millions de téléspectateurs, un beau succès. Néanmoins, ce magazine et ses méthodes laissent une étrange sensation.

Ce n’est pas le premier numéro de Cash Investigation au cours duquel j’ai le sentiment d’être pris dans une opération de démonstration qui doit aboutir absolument à la mise en accusation de l’entreprise. Les méthodes utilisées, par Élise Lucet et son équipe, sont gênantes. La journaliste n’hésite pas à expliquer qu’elle « n’a pas le choix », que les refus de certains interlocuteurs de la recevoir lui imposent d’avoir recours à la caméra cachée ou à la provocation publique, comme mardi.

Ce magazine nous est présenté comme un exemple de « journalisme d’investigation » et sa présentatrice court les plateaux en se posant en  héroïne de la recherche de la vérité. Mais en quoi est-ce « héroïque » de prendre des responsables d’entreprises en traitre ?

La mise en scène et la dramatisation qui entourent les reportages sont-elles indispensables ? Je ne le crois pas. Diffuser à une heure de grande écoute, sur la chaine publique « premium » des reportages caricaturaux qui mettent ainsi en accusation des entreprises avec des chiffres parfois erronés pour illustrer des démonstrations bancales est une méthode facile et dangereuse.

Derrière ces chefs d’entreprise ainsi mis en accusation, il y a des responsabilités, des emplois, des clients et des enjeux qui peuvent sembler peu importants voire manquer de noblesse aux yeux d’Élise Lucet mais qui constituent tout un pan de notre économie. Mardi, le magazine a mis l’accent sur les actionnaires qui mettraient en « danger nos emplois ». Ils ont été dépeints comme des « presseurs de rentabilité », sans foi ni loi, dont le seul dessein serait de faire de l’argent même si cela doit dépouiller l’entreprise. Qu’il existe de telles dérives, pourquoi pas ? Mais en faire une généralité relève de l’irresponsabilité et de la facilité, aussi insupportables l’une que l’autre.

Cash Investigation fait souvent le choix de mettre ainsi en accusation les entreprises. Elle n’hésite pas à solliciter des rendez-vous sous un prétexte et à mettre volontairement en situation inconfortable la personne interviewée. Ces méthodes sont rentables. Elles offrent une émission rythmée, qui donne le sentiment de vivre une enquête et elles permettent également de créer un cercle vertueux pour la journaliste et son équipe. En effet, les services de presse refusent bien entendu généralement les interviews d’Élise Lucet, lui donnant ainsi une bonne excuse pour justifier ses méthodes…

Cette émission et ses dérives vont se poursuivre et sans doute se généraliser, on sait que ce qui est populiste fait de l’audience et a tendance à créer des icônes. On pourrait toutefois suggérer à la présidence de France Télévision de créer d’autres créneaux d’information plus ouverts  à l’entreprise.

Mathieu Quétel, président de Sountsou