L’actu

Auteur/autrice : Mathieu Quétel

Présidentielle : entrepreneurs, agissez dès maintenant

Les élections présidentielles et législatives semblent encore loin ; certains hésitent à travailler les argumentaires dès à présent. Grave erreur. Les équipes de campagne sont en place. Les premières contributions commencent déjà à être publiées. Vous souhaitez convaincre les candidats aux élections. Il est donc temps de vous y mettre, et de faire connaître vos propositions aux candidats et aux équipes de campagne.

Une élection se prépare très en amont, elle suit un parcours minutieux constitué de la mise en place de l’équipe de campagne, du recueil des fonds, de la participation à d’éventuelles primaires, de la réflexion aux idées par thématiques, mais également du choix de messages forts à mettre en avant. Cette phase de préparation est aussi l’occasion, pour les candidats, d’écouter les différents acteurs de la société civile (dont font partie les entreprises) et de repérer des axes de travail qui pourraient intégrer leur programme, voire devenir des éléments de communication majeurs.

Une campagne électorale se construit sur un positionnement en termes de communication. S’agissant de l’élection présidentielle, les candidats vont essayer de repérer des défaillances du président sortant dans les domaines cruciaux de la société et de l’économie pour en faire des messages porteurs pour eux-mêmes autour desquels ils déploieront des contre-postures et des éléments de campagne.

Un exemple concret : la fiscalité. Il est évident que les premiers mois du quinquennat ont été marqués par des augmentations d’impôts significatives. Même si le Gouvernement fait le pari que les baisses initiées à partir de 2015 devraient corriger le sentiment général, il est probable que ce ne soit que partiellement le cas. Les impôts seront donc un axe de communication. Par exemple, le débat sur l’impôt de solidarité sur la fortune, sujet « segmentant » et clivant, va probablement revenir sur le devant de la scène. Il constituera un élément d’identification entre les candidats de réforme à tendance libérale et ceux qui estiment qu’il ne faut pas toucher à ce dispositif, soit parce qu’il est précisément trop identifiant à droite soit parce qu’il est un marqueur de la gauche.

Il en sera probablement de même des 35 heures : elles feront partie du débat programmatique, tout comme la réforme du droit du travail…

Ces réformes, qui apparaissent de plus en plus indispensables pour « fluidifier » l’économie et redonner confiance aux entreprises, ne pourront être portées que par des candidats qui auront le courage de les défendre et se sentiront soutenus.

Il faut donc les contacter avec des demandes précises mais également des argumentaires illustrés d’exemples et de chiffres afin que des propositions puissent être portées de façon efficace.

Cette alimentation des candidats doit s’effectuer pendant la phase de préparation de la campagne, au moment de l’élaboration des programmes. Les frontières entre droite et gauche sont aujourd’hui plus perméables vis-à-vis du monde de l’entreprise, alors il convient de ne pas hésiter à porter des propositions innovantes et originales.

Mathieu Quétel, président de Sountsou et auteur des Cahiers Experts.

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Présidentielle : quelle place pour les entreprises ? 

Le triptyque chômage, immigration et sécurité sera probablement au centre des préoccupations des Français pour la présidentielle de 2017. À lire les premières ébauches de programmes, la dimension économique semble être un élément essentiel pour tenter de repartir à la conquête de la croissance. Reste une question : comment les différents candidats vont-ils appréhender l’entreprise dans leurs programmes.

Les chefs d’entreprise semblent à bout. Comme l’ensemble des Français ils sont lassés des promesses non tenues, des demies réformes et des lourdeurs qui ne cessent de peser sur leur environnement direct. Avec la présentation du rapport de la commission Badinter, lundi 25 janvier, c’est la base du futur projet de loi travail de Myriam El Khomri qui est posé. Le moins que l’on puisse dire c’est que le flou est quasi total sur le texte qui sera finalement présenté en Conseil des ministres, le 9 mars.

Le rapport Badinter est typique de ces grandes réformes lancées avec fracas et qui se révèlent trop souvent déceptives pour le monde de l’entreprise. Avec le code du travail, on touche à l’un des derniers tabous de la gauche et il est peu probable que le projet de loi El Khomri soit finalement à la hauteur des attentes.

C’est tout le paradoxe de cette année 2016, la préparation de la campagne présidentielle ouvre la porte à tous les espoirs pour le monde économique, qui espère des réformes importantes pour remettre de la fluidité dans le quotidien des entreprises, redonner espoir aux créateurs de richesses et d’emplois et retrouver le chemin de la croissance mais le risque de déception est très grand.

Les entreprises et leurs Fédérations professionnelles se sont mises au travail pour établir des propositions en direction des équipes de campagne afin que les candidats intègrent dans leurs programmes respectifs des éléments de nature à redonner de la confiance au monde économique.  L’enjeu est de taille, il s’agit de renouer avec la croissance et surtout de permettre à la France de se mettre en phase avec un monde qui semble évoluer sans elle sur bien des sujets.

Si on s’en remet aux déclarations d’intentions des principaux candidats à la primaire de la droite et du centre, on peut s’attendre à un train de réformes en profondeur, en cas d’alternance en 2017. Les sénateurs LR viennent de publier 25 propositions concrètes qu’ils ambitionnent de traduire dans une proposition de loi attendue pour le printemps. Quant à la gauche, elle promet d’achever sa mue et d’adopter une attitude plus proche des entrepreneurs. À entendre les crie d’orfraie suscités par le timide rapport Badinter, on est en droit d’être inquiet.

La société civile n’est pas en reste et compte bien participer activement au débat de la présidentielle et à proposer une alternative, mais sera-t-elle en situation d’aller au bout de la démarche ? Les animateurs des mouvements La Transition et Nous Citoyens assurent que oui.

En tout état de cause, les entrepreneurs et leurs Fédérations professionnelles ont tout intérêt à se mobiliser, à travailler à des propositions concrètes et à se tenir prêts à veiller scrupuleusement à leur application à l’issue de l’élection.

Mathieu Quétel, président de Sountsou

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Lobbying : les différences entre taxis et VTC

La semaine a encore été marquée par les tensions entre les chauffeurs de taxis et les VTC. Les premiers reprochent aux seconds de cannibaliser leur activité sans être soumis aux mêmes règles contraignantes, ils accusent surtout le gouvernement d’être laxiste dans l’application de la loi et de ne pas respecter ses engagements. Les taxis choisissent le lobbying de rue, quand les VTC font appel au lobbying de conviction. 

Les aéroports et routes ont été bloquées cette semaine par des taxis en colère qui n’ont pas hésité, comme en juin 2015, à avoir recours à la violence pour se faire entendre. Les taxis expriment ainsi leur désarroi face à la baisse d’activité dont ils se disent victimes depuis l’arrivée des VTC et de la prolifération des offres qui s’effectuerait dans « une anarchie totale ».

Pourtant la loi Thévenoud de 2014 dispose que le transport onéreux de passagers, en voiture est l’apanage des taxis, qui bénéficient du monopole de la maraude sur la voie publique, et des VTC, dûment licenciés et avec obligation d’une réservation préalable. Le covoiturage est possible sous réserve d’un trajet effectué par le chauffeur pour lui-même et dont les coûts sont simplement partagés.

Or, les taxis estiment que ces règles ne seraient pas respectées par 40% des chauffeurs travaillant par Uber, ce que conteste évidemment la société californienne qui revendique que les utilisateurs de sa plateforme sont tous des professionnels. Le grand enjeu est également celui des aéroports aux abords desquels les VTC sont accusés par les taxis de faire du « racolage agressif » en infraction avec la loi. Quant au gouvernement, il lui est reproché de ne pas faire respecter la loi, il serait dépassé par l’ampleur du phénomène VTC.

C’est dans ce contexte que les taxis envahissent les routes et font brûler des pneus. Leurs représentants, expliquent qu’ils revendiquent une indemnisation publique pour la perte de chiffre d’affaires qu’ils auraient subit et de valeur de leur licence.

De son côté, Uber fait le choix de l’explication. En association avec d’autres sociétés de VTC, AlloCab, Chauffeur-Privé, Cinqs, Marcel et SnapCar, elles s’adressent à leurs clients par mels pour les inciter à signer en ligne une pétition  pour dire « non à la fin des applis » qui sera envoyée sous forme de lettre (« imprimée sur papier recyclé ») directement au Président de la République et au Premier ministre.

Parallèlement, Uber investit dans des annonces presse avec la signature « 70.000 entrepreneurs ». Il met l’accent sur le fait que « plus de 25% des chauffeurs qui se connectent aujourd’hui sur Uber étaient au chômage avant de rejoindre la plateforme » et affirme « qu’ils pourraient être demain 70.000 » en citant le rapport Thévenoud publié en avril 2014. Ce faisant, Uber replace la plateforme sur le double-terrain du service aux clients et de l’entrepreneuriat. Il joue sur la corde sensible à un moment où le chômage bat des records en France et que la croissance semble introuvable.

D’un côté les taxis persistent dans leur stratégie du lobbying de rue qui peut paraitre agressif aux yeux des Français et risque fort de ne pas améliorer leur image dans l’opinion, tant elle est éloignée de celle des agriculteurs par exemple, de l’autre, les VTC font le choix de l’explication et de la démonstration des effets de leur activité sur le chômage et dans la défense de l’entrepreneuriat individuel tout en participant à une nette amélioration des services apportés aux clients.

La stratégie des taxis apparait risquée. D’autant qu’ils sont nombreux à faire de réels efforts pour améliorer l’image de leur profession auprès du public. Au lieu de capitaliser sur cette nouvelle génération, la profession semble avoir décidé de jouer la partition de la rue et de l’exaspération. Un choix par forcément gagnant.

Le livre au service des politiques

La période pré-électorale est l’occasion pour les prétendants à la présidentielle de 2017 de publier des ouvrages programmatiques ou pour reprendre la parole et opérer une reconquête de l’opinion. Des ambitions parfois contre carrées par des ventes confidentielles.

L’ouvrage de Nicolas Sarkozy, « La France pour la vie » bénéficie d’un tirage magistral de 120.000 exemplaires. Avant lui François Fillon avait frappé fort avec son ouvrage « Faire » dont les 87.000 ventes ont surpris beaucoup d’observateurs, tant elles paraissaient en décalage avec la performance de l’ancien premier ministre dans les intentions de vote pour la primaire de la droite et du centre.  Jean-François Copé, quelques jours avant Nicolas Sarkozy, a également initié son grand retour au premier plan avec un livre dont le tirage dépasse déjà les 8000 exemplaires.

Ces bon tirages n’assurent absolument pas à leurs auteurs un retour gagnant ou une remontée dans les sondages. Néanmoins, la perception de l’ouvrage et, surtout, la présence médiatique que celui-ci va initier peuvent ouvrir une nouvelle période qui permette de reconquérir le coeur des Français et d’envisager de nouvelles perspectives. Pour Fillon, Copé et Sarkozy, il est encore trop tôt pour savoir s’ils seront durablement remis en selle.

Chantal Jouanno, Claude Bartolone ou Jean-Christophe Cambadélis ne conserveront pas un grand souvenir de leurs aventures littéraires, leurs derniers ouvrages ont fait l’objet de flops retentissants. Sans battre toutefois le score de Christine Boutin qui sonne comme un record avec ses 58 exemplaires vendus. Si le livre reste un bon outil pour les politiques, la qualité du signataire et l’intérêt du contenu sont des incontournables.

C’est ainsi que Philippe de Villiers, pourtant retiré de la vie politique, a réussi une prouesse éditoriale en écoulant près de 180.000 exemplaires de son livre « Le moment est venu de dire ce que j’ai vu » dans lequel il règle ses comptes et distille quelques perfidies sur ses amis politiques d’hier.

La dernière à avoir utilisé le livre comme arme politique est l’ancienne Garde des Sceaux, Christiane Taubira. À peine après avoir quitté la place Vendôme la semaine dernière, elle publie un essai le 1 er février sur le terrorisme, la déchéance de nationalité et ses craintes sur la posture du Gouvernement… Ces « Murmures à la jeunesse » annonce peut-être des cris au sein de la majorité dans les semaines à venir.

Les prochains mois s’annoncent riches en ouvrages écrits par des politiques, notamment dans la perspective de la présidentielle de 2017.

On attend la suite de la collection programmatique d’Alain Juppé, sont également annoncés un livre anti-Hollande de Marie-Noëlle Lienemann, un autre au vitriol de Thomas Thévenoud, celui de François Rebsamen, ou encore de Bruno Le Maire.

 Les syndicats ne sont pas en forme 

Le baromètre 2015 TNS Sofres sur l’image des syndicats pour l’association Dialogues révèle une défiance croissante des salariés et des Français. 

Le syndicalisme apparait en panne, il souffre, comme le politique, d’une réelle désaffection des  salariés qui ne cesse de se confirmer au fil des enquêtes voire de s’amplifier. 51% des salariés et 43% des Français répondent positivement à la question « pour la défense de vos intérêts, faites-vous confiance aux syndicats ? ». Depuis 2008, les réponses positives auprès des salariés et des Français ont perdu 7 points.

La ribambelle de reproches montre le fossé qui s’est creusé entre les syndicats et ceux qu’ils sont censés représenter et défendre : 79% des Français estiment que les syndicats sont « trop politisés », 69% qu’ils ont une « approche trop idéologique », ou qu’ils « sont mal adaptés au monde » 58% jugent qu’ils « comprennent mal les réalités économiques » et les « vrais besoins des salariés ».

75% des salariés sont favorables à des « concessions acceptées par des syndicats représentant au moins la moitié des salariés de l’entreprise » et ils sont 81% à juger « qu’un dialogue social efficace » favorise la compétitivité des entreprises. 95% des Français souhaitent également que « les dirigeants et les actionnaires diminuent leur rétribution ».

La ministre du travail a commenté les résultats de l’étude en estimant « qu’il faut passer d’une culture de l’affrontement à une culture du compromis ». À observer les récents votes autour de l’application de la loi Macron dans le travail dominical on peut estimer qu’il y a encore un long chemin.