L’actu

Auteur/autrice : Mathieu Quétel

Lobby or not lobby ?

« Lobby or not lobby », c’est le titre de la première émission radiophonique dédiée au lobbying lancée par La Radio des Entreprises (RDE) avec Mathieu Quétel, président-fondateur de Sountsou.

Dans le premier numéro de l’émission, Mathieu Quétel décrypte comment les opposants au projet de loi El Khomri ont su prendre la main sur ce dossier et fédérer massivement grâce au web et aux outils numériques. Si le monde patronal utilise encore assez mal internet et les réseaux sociaux, certains politiques ont, eux, bien saisi l’importance de ces nouveaux outils. Pour écouter l’émission, c’est ici

Lobby or not lobby

« Lobby or not Lobby » s’intéresse au lobbying et avec cette question en filigrane ; comment le monde de l’entreprise peut faire entendre sa voix auprès des dirigeants politiques ? Un enjeux aujourd’hui essentiel.

Analyse et décryptage avec Mathieu Quétel, dirigeant et fondateur de l’agence Sountsou, spécialisée dans l’accompagnement des entreprises dans leurs relations institutionnelles, leur communication et leurs actions de lobbying.

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Animé par Simon Janvier

Journaliste au Journal des entreprises et La Radio des entreprises

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Invité Mathieu Quétel

Dirigeant-fondateur de l’agence Sountsou qui accompagne les entreprises dans leurs relations avec la sphère publique et en lobbying.

 

Cette impossible réforme…  

Le projet de loi travail, qui risque fort de se briser sur les résistances de ceux qui bloquent le pays depuis des décennies, apparait de plus en plus comme le symbole de la lente déliquescence de notre pays.

Certes, la rédaction puis la communication maladroites du projet de loi El Khomri ont creusé sa tombe mais cela n’explique pas tout. Les débats qu’il suscite et les caricatures que nous devons subir depuis des semaines deviennent insupportables.

Les entrepreneurs sont présentés comme des salauds qui exploitent les salariés. Les entreprises sont décrites comme des lieux de souffrance pour de pauvres travailleurs réduits au rôle de victimes.

Où vivent ces syndicalistes qui prétendent représenter les Français ? Dans quel monde évoluent-ils pour oser, encore aujourd’hui, défendre une telle image du monde de l’entreprise et des créateurs ? Croient-ils vraiment que la France puisse encore continuer longtemps de vivre hors du monde et de ses réalités ?

Ce projet de loi n’est pas parfait. Il contient des éléments qui méritent incontestablement de débattre mais rien dans ce texte ne peut expliquer une telle mobilisation d’une infime partie des Français.

Face aux quelques milliers de manifestants et aux pétitionnaires numériques, le gouvernement annonce déjà sa zone de repli : le plafond des indemnités prud’homales pourrait n’être qu’indicatif et les CDD seraient surtaxés. Faisons le pari, que les reculades seront encore nombreuses sur un texte qui n’était qu’une petite avancée.

Depuis des décennies nous devons renoncer à toute réforme de notre système parce-que « c’est comme ça » que le « modèle français » est le meilleur, qu’il faut le défendre etc. Qu’en est-il de ces millions de personnes en recherche d’emploi ou en situation d’extrême précarité et de pauvreté ? Ne nous y trompons pas, ils ne sont pas au coeur des débats, il ne s’agit pas de les aider et de les accompagner vers un travail.

Pour les initiateurs de ce lobbying de rue, l’enjeu est ailleurs. Quand saurons-nous dire « non », « stop » à ces agitateurs qui font tant de mal à l’entrepreneuriat, à la France et aux Français ?

Mathieu Quétel, président de Sountsou

Macron fait-il le pari de 2017 ?

Ces derniers jours la rumeur enfle, Emmanuel Macron se préparerait pour 2017 avec en ligne de mire une éventuelle absence de François Hollande dans la présidentielle.

Il est vrai que les soutiens du ministre de l’économie semblent s’organiser, plusieurs grands patrons se sont dévoilés, des clubs se créent autour de lui mais il ne dispose en vérité que de peu de relais à l’Assemblée Nationale et au Sénat et, surtout, d’aucun appui politique en région. Alors, pense-t-il vraiment pouvoir incarner en 2017 un recours en cas d’abandon du locataire actuel de l’Elysée ?

Plus probablement, le jeune ministre envisage de peser sur le programme du prochain quinquennat. Les atermoiements autour de la loi Macron, les reculades attendues sur la loi El Khomri et l’abandon de son projet de loi Nouvelles opportunités économiques (Noé) ont fini de le convaincre qu’il fallait préparer un programme novateur et ambitieux pour 2017.

Emmanuel Macron organise ses soutiens au Parlement comme l’expliquent Le Figaro dans son édition du 11 mars et L’Express dans sa nouvelle formule présentée le 9 mars. Le magazine lui consacre sa une et une longue interview dans laquelle Emmanuel Macron développe ses idées pour la France.

L’Express révèle que le jeune ministre serait conseillé par Claude Posternak qui est également le promoteur de La Transition, un mouvement qui souhaite promouvoir une personnalité nouvelle, issue de la société civile pour l’élection présidentielle de 2017.

En 2012, François Hollande a vendu un programme impossible à appliquer sur la durée, il a donc évolué au fil des années et des évènements pour s’inscrire dans un social libéralisme qui a créé une véritable crise au sein du PS et plus largement de la gauche. Pourtant nombreux sont ceux au sein de la majorité à être conscients que désormais le PS devra changer de posture notamment vis à vis du monde de l’entreprise qui ne pourra plus être caricaturé et utilisé comme catalyseur des rancœurs.

Emmanuel Macron fait sans doute le pari qu’une recomposition du paysage politique aura lieu après la présidentielle et les législatives et que le temps de la réforme pourra s’imposer. Il s’y prépare et proposera vraisemblablement à François Hollande un programme « clé en mains » pour aller vite.

Le ministre estime probablement, comme de nombreux observateurs, que 2017 connaitra une alternance, y compris en cas de maintien de François Hollande. En effet, la majorité sera recomposée et les uns et les autres auront été invités à choisir clairement leur camps.

 Lobbying : ces groupuscules qui infiltrent les partis 

Le lobbying n’est pas un outil au service des seules entreprises, il est également très largement utilisé par les politiques pour faire passer leurs messages ou demandes. C’est notamment le cas de certains défenseurs d’intérêts qui n’hésitent pas à infiltrer les partis politiques pour mieux peser sur les décisions.

Le débat sur le Mariage pour Tous a donné lieu à de vives résistances et la vigueur de la mobilisation de la Manif pour Tous a surpris. Autour de cette organisation se sont greffées des associations comme Les Veilleurs qui se sont regroupées au sein de Sens Commun, un groupe de pression qui a été intégré au sein des Républicains par Nicolas Sarkozy.

L’objectif de ce mouvement est d’assurer la promotion d’idées très conservatrices, notamment l’abrogation du mariage gay et le rejet de l’avortement. La stratégie de l’infiltration a parfaitement fonctionné pour Sens Commun puisque ses responsables occupent des places clés au sein du parti Les Républicain, jusqu’au secrétariat national en charge des questions liées à la famille ! Il a en outre obtenu des places significatives lors des dernières élections régionales qui lui permettent d’avoir des élus dans les exécutifs régionaux, ce qui aura forcément des conséquences sur certaines décisions qui pourraient être votées par ceux-ci.

Le lobbying de Sens Commun jouera à plein à l’occasion de la primaire de la droite. L’organisation compte bien faire pression sur les différents candidats pour que ses propositions soient retenues en échange de son précieux soutien. Un enjeu de taille pour espérer gagner cette primaire dont certains font le pari que la différence se fera clairement à droite.

Mais le lobbying de Sens Commun n’est pas le seul à s’exercer. Nicolas Sarkozy a profité des élections régionales pour faire entrer les chasseurs dans les régions et nombreux sont ceux à avoir obtenu des postes de vice-président. L’idée est de capitaliser sur le vote des chasseurs pour la primaire de la droite et en 2017 dans la foulée.

François Hollande ne fait pas autre chose avec les écologistes qu’il a convaincu de revenir au gouvernement. Un pari gagnant-gagnant puisqu’il étouffe EELV et ses prétentions électorales et il permet à ceux qui ont obtenu un maroquin de « peser » de l’intérieur sur les décisions.

Ce lobbying par infiltration est un outil redoutable pour ceux qui le pratique. Il est étrange que les entrepreneurs aient si peu de places dans les différents lieux de pouvoirs, on peut imaginer que leurs apports seraient au moins aussi significatifs que certains groupuscules.

Séries TV : fiction ou réalité ?

Des séries télévisées se succèdent ces derniers mois sur la thématique de la politique et du pouvoir. Après les avoir vues, les questions sont toujours les mêmes : ça se passe vraiment comme ça ? 

Baron Noir, Scandal, Les Hommes de l’ombre, Borgen, Le Mari de la ministre ou la reine House of Cards, les téléspectateurs des chaines gratuites ou payantes ont le choix sur les séries télévisées qui traitent de la vie politique et de ses dessous.

La saison 4 de House of Cards que Netflix a mis en ligne le vendredi 4 mars est encore plus subtile et troublante que les précédentes. Les calculs politiciens et jeux de dupes se succèdent et les volte-face laissent parfois pantois. On s’interroge sur cette série diffusée simultanément avec la primaire aux Etats-Unis et qui, précisément, relate également la difficile primaire que doit traverser Francis Underwood le héros qui aura bien des crises à traverser, dont certaines sont assez proches de celles de la réalité.

Quant à Baron Noir, qui n’a pas connu un véritable succès d’audience, les manipulations autour des manifestations étudiantes laissent songeurs sur l’actualité directe du projet de loi de Madame El Khomri.

On dit souvent que la réalité dépasse la fiction, il arrive que cette dernière reflète la première. Au delà des quelques exagérations romanesques qui peuvent également être regardées comme des allégories, ces séries présentent des situations assez proches des coups, bons ou bas, montés dans la vraie vie.