Loi travail : le succès du Lobbying 2.0

La loi travail vient d’être victime d’une opération de lobbying numérique rondement menée qui remet en question bien des idées reçues et devrait alerter sur les nouveaux modes de communication publique.

La présentation de la loi travail de Madame El Khomri avait bénéficié de la part du gouvernement d’un démarrage en fanfare. Le patronat avait salué les avancées, l’opposition était gênée aux entournures par un texte réformateur et la majorité gouvernementale manquait de s’étouffer. Au fil des jours les voix s’élevaient pour dénoncer un texte « trop libéral » mais il n’y avait guère que les syndicats pour s’offusquer. Face à l’atonie des politiques, c’est une initiative individuelle qui a finalement fédéré les oppositions au texte.

Caroline de Haas, ex-membre du PS et du cabinet de Najat Vallaud Belkacem a mis le bazar dans la majorité en lançant, sur le site change.org, une pétition en ligne intitulée « Loi travail : non merci ! ». Celle-ci en est à plus de 1 million de signataires en moins de trois semaines ! Ce mouvement de fond a tout emporté sur son passage, y compris la tribune agressive de Martine Aubry dans Le Monde qui avait également pour ambition de se transformer en pétition.

Cette initiative individuelle a été le pivot d’un vaste mouvement, alimenté par sept syndicats de salariés qui ont embrayé en appelant à une manifestation le 31 mars. L’UNEF a également joué un rôle déterminant en lançant sur Twitter le hashtag « On vaut mieux que ça » qui est devenu le point de rendez-vous virtuel d’une jeunesse en colère qui défilera dans les rues dès le 9 mars.

De leur côté, les défenseurs du projet de loi ont montré leur incapacité à utiliser efficacement les réseaux sociaux. L’initiative du conseiller régional Les Républicains Dominique Reynié de lancer une contre-pétition a fait un flop magistral. Le patronat s’est révélé dépassé par les évènements, s’il a bien tenté d’utiliser les vieilles ficelles du lobbying à la papa, sa méconnaissance des réseaux sociaux lui a coûté cher. Quant au gouvernement, ses initiatives numériques ont tourné court et se sont révélées aussi ridicules qu’inefficaces.

Le militantisme évolue fortement avec le numérique, cette sortie en queue de poisson d’un projet de loi qui ambitionne de réformer (un peu) le droit du travail symbolise un texte bâclé mais surtout un manque flagrant de maîtrise des outils d’aujourd’hui de la part de ses promoteurs. La Radio Des Entreprises (RDE) consacrera le premier numéro de son émission « Lobby or not Lobby » à cette thématique.