Souvenirs d’un assistant parlementaire

L’assistant parlementaire est au coeur de l’actualité ces derniers jours. C’est une bonne chose car cette fonction, peu visible, est essentielle au fonctionnement de notre démocratie. J’ai commencé ma carrière professionnelle comme assistant parlementaire… Souvenirs.

L’assistant parlementaire est mal payé

la première chose dont je me souviens est le montant de mon salaire. Avec un Bac+5, Major de mon école de commerce, avec un crédit pour payer mes études à rembourser, je pouvais probablement espérer mieux que 4.500 francs mensuels environ soit 686 €, même en 1990. Mais j’étais passionné et je travaillais avec un jeune parlementaire, en pleine ascension.

Néanmoins, ce salaire me contraignait à cumuler plusieurs autres jobs, en lien ou pas avec l’activité de mon parlementaire. Ce dernier fera en sorte, au fil des années, que ma rémunération soit réévaluée régulièrement.

Des conjoints travaillent vraiment

L’épouse du parlementaire avec lequel je travaillais était également son assistante. Son travail était vraiment effectif et elle ne ménageait pas sa peine. Elle m’a d’ailleurs beaucoup appris dans les premiers mois de ma prise de fonctions, même si rapidement nos missions allaient se différencier.

Ensuite, mes différentes responsabilités professionnelles m’ont amenées à rencontrer de nombreux assistants parlementaires, conjoints ou enfants, de députés ou sénateurs. J’ai fréquemment pu observer leur grand professionnalisme et leur totale implication dans leur travail.

L’assistant parlementaire est multi-tâches

Mes mission étaient multiples et très différentes, selon que nous étions en circonscription ou à Paris. Je participais à des rendez-vous, des déjeuners, j’écrivais beaucoup, des courriers d’intervention ou des préparations d’amendements, des communiqués de presse, diverses contributions ou rapports… Bien entendu, ma signature n’apparaissait pas. J’intervenais en « marque blanche », néanmoins, tout le monde me connaissait et j’étais souvent une porte d’entrée vers l’élu voire un « passe-messages ».

L’assistant parlementaire n’est pas reconnu

Je me souviens très bien de l’indifférence que mon poste suscitait à l’Assemblée Nationale où des lieux m’étaient interdits parce que je n’étais qu’assistant. Les personnels de l’Assemblée, qui bénéficient d’un statut très privilégié, dont on ne parle jamais, connaissent parfaitement la situation des assistants parlementaires et ils ne se montrent pas toujours très aimables à leur égard…

J’étais d’ailleurs frappé par l’omerta qui semblait entourer notre statut si précaire. Personne n’en parlait, même mon parlementaire considérait que « c’est compliqué ».

L’assistant parlementaire est loin de n’être qu’une « petite main » de la République. Il est un rouage essentiel du fonctionnement d’un cabinet parlementaire.

Il est regrettable que cette profession soit mise en avant dans le contexte d’une polémique. Elle mériterait qu’on s’y intéresse plus. En effet, les assistant parlementaires méritent de disposer d’un statut plus protecteur et d’une rémunération plus adéquate avec les heures de travail qu’ils consacrent à leurs missions.

Je conseille fréquemment à mes clients de miser sur eux. D’ailleurs, ils constituent également d’excellentes recrues pour les entreprises et les Fédérations professionnelles, désireuses de se structurer en Affaires Publiques.

Mathieu Quétel, président de Sountsou