Devoirs de vacances en lobbying  

La période des vacances est le moment idéal pour faire le point et préparer la rentrée. Simon Janvier, journaliste à la Radio des Entreprises (RDE) et Mathieu Quétel, président de Sountsou, vous invitent, dans cette émission spéciale, à quelques exercices de vacances autour du lobbying.

Vous pouvez lire le script de l’émission ci-dessous ou écouter le podcast en vous rendant ici.

Simon Janvier : Bonjour et bienvenue pour ce nouveau rendez-vous de « Lobby or not lobby » avec Mathieu Quétel, président de Sountsou – Affaires Publiques. Mathieu, bonjour, nous sommes au cœur de l’été et vous proposez à nos auditeurs quelques exercices de vacances autour du lobbying. 

MQ : Bonjour Simon. En effet, la période estivale est le moment idéal pour préparer sa rentrée et c’est également le cas en ce qui concerne le lobbying. Les actions de lobbying sont souvent un peu nébuleuses pour les chefs d’entreprise voire pour les fédérations professionnelles. Nombreux sont ceux à avoir envie de se lancer tout en se posant toute sorte de questions.

C’est vrai, on se demande par exemple ce qu’est le lobbying, concrètement.

Pour essayer de vous donner une définition simple, je dirais que le lobbying regroupe toutes les actions que vous pouvez mettre en œuvre pour agir en direction de la sphère publique afin de défendre vos préoccupations ou les intérêts de votre entreprise. Trop souvent on considère que ces actions ne s’adressent qu’au gouvernement ou au Parlement, or les acteurs publics sont nombreux, les collectivités locales, comme la Mairie, la Région ou le Département, les différentes autorités de régulation également, dont dépendent de nombreuses entreprises.

Je suis chef d’entreprise pour quelles raisons devrais-je envisager d’engager une démarche d’influence ?

Les raisons sont multiples en réalité. Vous pouvez avoir besoin d’agir sur la réglementation parce que votre métier en dépend, vous pouvez également avoir besoin de la sphère publique parce que vos produits peuvent être utilisés par des collectivités. Parfois, il y a des secteurs d’activité qui dépendent quasi-totalement de la décision publique parce qu’ils sont régulés ou encore parce que leurs donneurs d’ordre sont des services publics.

En fait ces démarches concernent tout de même peu d’entreprises.

Détrompez-vous ! S’il est vrai que peu d’entreprises se lancent vraiment, elles sont très nombreuses à être concernées, parfois sans en avoir vraiment conscience. Il est fréquent que les dirigeants considèrent le lobbying comme une action strictement réservée aux très grandes entreprises. C’est un tort. Des actions simples, concrètes et très efficaces peuvent être mises en œuvre.

À quel type d’actions pensez-vous ?

Et bien disons qu’avant de penser action, je recommanderai de se poser dans un premier temps et de lister vos objectifs puis de les prioriser. Les élus ont souvent à faire face à des listes de demandes dont ils ont du mal à distinguer les plus importantes. C’est donc à vous de le faire. Je préconise de lister vos difficultés, les besoins que vous pouvez avoir et en face, de proposer une solution à votre interlocuteur.

Une fois qu’on a fait le point et que ces listes sont établies, comment faire pour entrer en contact avec les décideurs politiques ?

D’abord sachez-le, votre entreprise est importante pour les élus, quelle que soit sa taille, elle est un acteur économique et social de son territoire. Votre premier allié c’est votre député ou votre sénateur. Adressez-vous à lui, entrez en relation directe, proposez-lui une visite de votre entreprise. Vous verrez, ces rencontres entre élu et entrepreneur sont souvent passionnantes.

Oui, enfin ce n’est pas toujours simple de rencontrer un député ou un sénateur.

Paradoxalement, si vous souhaitez le rencontrer à Paris, ce sera compliqué. Mais dans sa terre d’élection, c’est beaucoup plus facile, un coup de fil à sa permanence peut suffire. Le plus complexe est de bien cerner vos priorités et ce que vous attendez de votre élu. Ensuite, il y a d’autres interlocuteurs qui peuvent vous ouvrir des portes comme le maire ou les conseillers départementaux et régionaux.

Le lobbying semble ultra facile tel que vous le présentez, mais alors les cabinets spécialisés ne servent à rien.

Ils sont très utiles évidemment, je ne vais pas vous dire le contraire. Clarifier un message, construire des argumentaires, comprendre les enjeux politiques, identifier les élus susceptibles de débloquer une situation, c’est une affaire de professionnels, c’est certain. Mais il y a des démarches qui peuvent être engagées de façon autonome. Par exemple, il est également très simple d’adhérer à une organisation professionnelle ou à un syndicat patronal lié à votre activité ou encore à la CGPME ou au Medef.

Tout cela peut tout de même se révéler très coûteux.

Il ne faut pas raisonner en terme de coût mais en terme d’enjeux pour l’entreprise et de création de valeur. Le lobbying est une démarche de défense et de développement de votre activité, une action n’est jamais engagée à la légère et si elle est bien conçue elle peut être très rentable. C’est pour cette raison que je pense que les congés d’été me semblent un moment opportun pour se poser et réfléchir sur l’intérêt d’engager une action de relation institutionnelle.

Nous aurons l’occasion d’en reparler lors d’un prochain numéro de « Lobby or not lobby ». Merci Mathieu Quétel, je rappelle que vous êtes le président de Sountsou- Affaires Publiques.