Fin août, la campagne a vraiment commencé. En huit jours se sont succédé le Conseil national du PS qui fixe les règles de la primaire, le premier grand débat entre prétendants à l’Élysée, organisé par le Medef à Roland-Garros, les universités d’été du PS à Blois et du Laboratoire de la République à Sens, la Foire de Châlons et le premier débat télévisé de la séquence.
Le sondage Toluna Harris Interactive pour M6 et RTL, publié le 24 août, bouscule la hiérarchie établie.
Marine Le Pen caracole entre 35 et 38 % et l’emporterait désormais dans tous les seconds tours testés : 68-32 face à Jean-Luc Mélenchon, 57-43 face à Gabriel Attal, 55-45 face à Édouard Philippe, qui faisait jusqu’ici figure de mieux placé pour la battre.
Jean-Luc Mélenchon, crédité de 12 % fin avril, navigue désormais entre 16 et 17 % et apparaît en position de se qualifier pour le second tour dans trois configurations sur cinq.
Édouard Philippe, lui, recule de 19 % en avril à 14-17 % selon les hypothèses. Bruno Retailleau descend entre 6 et 9 %.
Les deux candidats qui montent sont les deux qui travaillent leur programme.
Au Rassemblement national, vingt-cinq livrets programmatiques sont en cours de rédaction sous la conduite du directeur de cabinet de la candidate. Le mouvement insoumis théorise sa conquête de l’État dans un ouvrage à paraître. Bruno Le Maire publie un Manifeste de soixante pages, doublé d’un site Internet, avec des mesures assumées et clivantes.
Pendant ce temps, l’été du bloc central aura été une tournée des campings, des braderies et des pompiers.
Les prétendants les plus sérieux restent curieusement timides sur leurs propositions. Il est plus confortable de fustiger les entreprises, les « riches » dont personne ne dit à quel niveau de revenu ils commencent, et les retraités devenus « boomers ». Cette posture permet surtout de ne pas défendre les réformes qu’il faudra bien engager.
Elle n’a pourtant qu’une issue : l’augmentation des impôts, des taxes et de la dette.
Le mur est là. La dette publique atteint 3 536 milliards d’euros, soit 117,5 % du PIB. Le taux d’emprunt à dix ans a touché 4,1 % le 18 août, un plus haut depuis 2008. La charge de la dette devrait avoisiner 64 milliards sur l’année. Bercy cherche 28 milliards d’économies dans un contexte de croissance ramenée à 0,7 %.
Le budget 2027, déposé le 30 septembre, sera le premier test de vérité des candidats et de leurs équipes.
Pour les entreprises, la facture est déjà arrivée ailleurs, et personne n’en parle. Le vieillissement coûte 25 milliards d’euros par an aux entreprises privées en absentéisme, en fatigue et en productivité perdue. Un salarié sur cinq est aujourd’hui aidant, ils seront un sur quatre en 2030. La grande loi sur l’autonomie n’a jamais abouti.
Le monde économique porte ici une responsabilité. À force de vouloir ne pas faire de vagues, il va devoir affronter un raz-de-marée anti-entreprises.
Notre note de décryptage politique complète, de vingt pages, passe en revue chaque prétendant et ses points d’appui réels, décrit la recomposition en cours à gauche comme au centre droit, analyse les chiffres du grand âge, et détaille la méthode que nous recommandons pour porter des propositions qui soient effectivement reprises.