Depuis le 27 août, au moins sept candidats ont occupé les antennes pendant des heures. On a entendu parler de révision constitutionnelle, de désindexation des pensions, d’assiette de financement de la protection sociale, de spoil system, de confédération de partis. On n’a pratiquement pas entendu parler du loyer, de la facture, du plein de la citerne ni du médecin qu’on ne trouve plus.
L’enquête électorale française publiée le 15 septembre établit que 74 % des Français pensent que la situation du pays va se dégrader. Les enjeux économiques et sociaux y écrasent tout le reste, avec 54 % et 53 % de citations, contre 29 % aux enjeux identitaires.
La santé est déterminante pour 76 % d’entre eux.
Les retraites arrivent en bas du classement.
Or c’est précisément des retraites qu’on leur parle.
Trois quarts des Français suivent pourtant cette campagne, et 67 % se disent certains d’aller voter. C’est davantage qu’en 2021. Nous ne sommes donc pas devant un désintérêt.
Nous sommes devant une attente sans offre.
Une seule candidate a occupé l’espace laissé vide. À Hénin-Beaumont, le 13 septembre, Marine Le Pen a consacré les deux tiers d’un discours de quarante-cinq minutes au logement, premier poste de dépense des ménages, avec environ 30 % de leur budget.
Ses réponses sont discutables. La pertinence du terrain ne l’est pas.
Pendant ce temps, en face, une trentaine de mesures ont été posées sur la table depuis la rentrée, et pas un mot qui les relie. Des « séquences » parfois surprenantes voire saugrenues : un tablier et des frites, mille bistrots, une tournée des campings. Notre note montre que cette communication est datée au sens propre, et qu’elle rappelle une affiche du RPR de novembre 1985.
Une donnée devrait pourtant réveiller tout le monde.
Au 4 septembre, remplir une cuve de deux mille litres de fioul coûtait 783 euros de plus que le 26 juin. Ce sont 2,6 millions de foyers qui sont concernés, aux deux tiers ruraux, souvent âgés, c’est-à-dire exactement l’électorat que toutes les droites cherchent à reprendre au Rassemblement national.
Le 1er octobre, le reste à charge des franchises médicales augmentera de 40 %. Des appels à ressortir les gilets jaunes le 17 octobre circulent déjà.
Il n’y a aucune fatalité dans les 33 à 35 % de Marine Le Pen. Il y a un espace vide et une seule candidate qui l’occupe.
Le monde économique y a sa part : il a obtenu le premier grand débat de la campagne, et il y a laissé poser les questions des entreprises plutôt que celles des Français.
Notre note de décryptage complète, de dix-huit pages, analyse la structure réelle de cet électorat à partir du travail de Pascal Perrineau pour la Fondapol, mesure ce qui attire et ce qui freine encore le vote RN, tire les leçons du scrutin de Saxe-Anhalt, documente chiffre par chiffre cette vie quotidienne que les candidats semblent avoir oublié, et détaille les quatre règles qui permettront d’exister dans les quinze semaines qui viennent, celles où un sujet peut encore entrer dans une campagne.