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Lobbying : Uber adapte sa stratégie

Uber s’est posé comme le spécialiste de la rupture et a fait le choix, pour lancer son activité au plan mondial, d’imposer son système. Une méthode efficace qui lui a permis de s’imposer dans de nombreux pays et d’atteindre une valorisation record de plus de 50 milliards de dollars. Néanmoins, le géant américain semble entrer dans une nouvelle phase de son histoire.

La société californienne ne cesse de susciter l’ire des autorités. Bruxelles se saisi du dossier après les tensions observées ces derniers mois dans différents pays européens où des craintes de concurrence illégale sont apparues, initiées par les taxis mais également par les autres acteurs du VTC. La Commission vient de lancer une étude afin de déterminer si Uber doit être considéré comme un service de transport ou un service numérique.

Au delà du cas symbolique d’Uber, ce sont bien les implications des nouveaux services internet issus de l’économie du partage qui posent question et Bruxelles souhaite évaluer la nécessité d’une législation spécifique.

Aux Etats-Unis ce sont des chauffeurs qui demandent à la justice de redéfinir le cadre de leur collaboration avec Uber en contrat de travail. Un enjeu de taille, puisque c’est tout le modèle économique de la plate-forme qui serait remis en cause si une telle revendication devait prospérer et se propager à travers le monde.

Face à ces oppositions, Uber a visiblement décidé de changer de braquet en matière de lobbying. Arrivé en 2014, l’ancien conseiller de Barack Obama, David Plouffe insuffle une nouvelle approche à la plate-forme qui devrait lui permettre de mieux se faire entendre des décideurs publics après avoir massivement séduit les citoyens.

Dans une interview aux Échos, du vendredi 11 septembre, David Plouffe reconnaît « Uber a la réputation de ne pas être intéressé par le dialogue. Mais nous avons, au contraire, tout intérêt à discuter avec les autorités locales, pour les aider à moderniser leur cadre juridique ».

Le Conseiller en chef et membre de la direction d’Uber dévoile aux Échos son nouveau positionnement pour séduire les pouvoirs publics : la création d’emplois. Il rappelle dans cet entretien qu’Uber représente déjà 10.000 emplois en France, 20.000 avant la suspension de Uber-POP et qu’il estime à « plusieurs milliers » les emplois qui seront créés dans l’hexagone grâce à l’affiliation de nouveaux chauffeurs afin de répondre à la demande du public.

L’emploi sera donc la base du dialogue avec les pouvoirs publics dans les mois à venir. Le géant américain a bien compris que son positionnement agressif ne pouvait lui permettre d’accompagner son déploiement et, surtout, d’assurer sa pérennité.

S’agissant de la procédure en cours aux Etats-Unis, le responsable mondial d’Uber apparait également confiant et rappelle que la liberté des chauffeurs dans leurs horaires de travail est la base de leur relation avec la plate-forme américaine. Il en profite pour tacler les compagnies de taxis qui, selon lui, imposeraient des horaires à leurs chauffeurs et, à ce titre, « auraient des soucis à se faire »…

Si la hache de guerre n’est donc pas enterrée avec les sociétés de taxis, la compagnie souhaite rassurer les chauffeurs. Elle estime que dans les 300 villes dans le monde où elle est implantée, elle s’est imposée comme complément de l’activité des taxis.

L’évolution de la stratégie d’influence d’Uber est particulièrement intéressante. Elle concerne une société de la nouvelle économie, venue percuter des professions encadrées et protégées et le géant américain a su adapter son lobbying aux différentes étapes de son développement. Il revoit sa copie quand sa posture agressive de prise de parts de marché ne fonctionne plus et qu’il doit désormais installer durablement son activité.