L’actu

Auteur/autrice : Mathieu Quétel

Les chiffres clés de la semaine

Les bonnes nouvelles fleurissent, la reprise frétille, un nouveau PDG est nommé, un magazine apparait, des adhérents disparaissent, des fonds se multiplient, des parlementaires s’instruisent…

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C’est en pourcentage, la progression attendue de la production manufacturière française pour 2015. Les différents indicateurs économiques virent peu à peu au vert et permettent d’espérer que la reprise s’installe. Un signe qui ne trompe pas : les perspectives d’exportation des industriels français n’ont jamais été aussi élevées depuis 2000. L’Insee a mesuré une reprise assez nette des exportations depuis la mi-2014 et elle ne cesse de s’amplifier. Sur la période de novembre-décembre-janvier, la production industrielle a progressé de 0,3% par rapport aux trois mois précédents. C’est certes, moins que la zone euro qui progresse de 0,7% sur la même période et beaucoup moins que l’Allemagne (+ 1,6%) mais on passe d’une quasi-récession à une reprise de la production. Des signes réels et nombreux pourraient confirmer cette tendance positive : la demande à l’export et en France est repartie, les taux d’intérêts sont bas, le taux de marge des entreprises devrait se redresser et les récentes mesures annoncées par le Premier ministre devraient également peser dans la balance. Selon BNP Paribas, l’investissement devrait augmenter de 1,4% en 2015 et de 5% en 2016, Natixis est moins optimiste et place l’évolution à 0,6 % en 2015 et 2,7 % en 2016. Si la vérité se situe entre ces deux visions, alors la France aura bien renoué avec la reprise économique.

839

Le gouvernement avait accepté de verser un dédit de 839 millions d’euros à la société Ecomouv’ suite à la rupture du contrat de l’écotaxe. Les nouvelles ne sont pas bonnes cette semaine. Europe 1 a estimé le coût du démantèlement des pylônes à 10.000 euros par portique, Le Figaro va plus loin et avance la somme de 25.000 euros par portique… Finalement, l’ensemble des opérations de démantèlement des 173 portiques, des 230 bornes mobiles et des 720.000 boîtiers devrait avoisiner les 7 millions d’euros. Un chiffre très lourd et surprenant puisque la ministre de l’Ecologie, Ségolène Royal, avait annoncé « s’occuper personnellement » de ce dossier et des autres possibilités d’utilisation de ces matériels. Il n’en sera rien, le dernier acte d’un formidable gâchis.

15,72

C’est en milliards de dollars, le montant record des fonds levés par les start-up américaines au premier trimestre 2015, selon le Dow Jones VentureSource. On retrouve les montants des années 2000, le temps de la bulle internet. Les projets financés sont moins nombreux mais requièrent des mobilisations de capitaux beaucoup plus importantes qu’en 2000. Ainsi, Uber a levé en janvier 1,6 milliard après avoir levé 1,2 milliard en décembre. Autre fait nouveau, les start-up américaines du club, très fermé, des valorisations de 1 milliard et plus (83 companies) retardent de plus en plus leur entrée en bourse. Elles n’entrent en bourse qu’après 11 années d’existence en moyenne, les fonds financent donc leur montée en puissance et leur laissent le temps de trouver la rentabilité.

131.000

C’est, selon Le Figaro, le nombre d’adhérents du PS, dont seulement la moitié serait à jour de cotisation… Or, l’enjeu est de taille pour le Congrès de juin qui devra se décider entre plusieurs motions assez différentes les unes des autres. Les adhérents ont jusqu’au 21 mai pour renouveler leur adhésion. Les différents responsables du PS se battent pour séduire les encartés qui ont désertés le parti. Le premier secrétaire aurait adressé un courrier aux « démissionnaires » qui ne paient plus de cotisation, ils pourraient réintégrer le parti sous la condition de régler deux années de cotisation. Ils seraient 28.875 à être concernés par cette mesure. Or, les différentes motions estiment que ces « démissionnaires » pourraient influencer les votes, lorsque les uns et les autres ne se soupçonnent pas de vouloir tricher, en faisant référence au Congrès de Reims en 2008. Ambiance.

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Politico, s’est installé à Bruxelles cette semaine. Le groupe de presse américain qui s’est imposé à Washington grâce à une ligne éditoriale originale tente l’aventure européenne. Le site a déjà embauché 40 journalistes pour sa filiale du Vieux Continent. Politico est une très belle success story de presse numérique américaine à l’image du Huffington Post ou de Buzzfeed. Créé aux Etats-Unis en 2007, le site veut imposer son ton résolument direct et son approche très éditorialisée de la vie législative. Politico veut raconter des histoires, il ambitionne d’avoir une approche peu institutionnelle et plus proche des acteurs de la vie politique. Son modèle économique utilise la gratuité pour séduire les lecteurs avant de leur proposer des contenus payants exclusifs et pointus pour des sommes rondelettes, notamment autour de lettres thématiques dont le montant de l’abonnement peut atteindre 8000 euros par an.

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C’est en pourcentage, la part des réservations de chambres d’hôtels en ligne en Europe. C’est dire s’il est stratégique pour les hôteliers d’être bien présents sur internet et d’y préserver leurs marges. L’Autorité de la concurrence a rendu une décision, mardi 21 avril, qui revoit les relations entre les hôteliers et le site booking.com qui représente près de 25% des réservations de chambres en France. Le site ne pourra plus imposer aux hôtels qu’il propose de lui réserver le meilleur prix et de s’interdire des offres plus intéressantes, y compris sur leur propre site. Booking a pris des engagements qui s’appliqueront en France, en Italie et en Suède, dès le 1er juillet. Les hôtels pourront désormais proposer des tarifs différents selon les sites et selon les commissions qu’ils prélèvent. Les hôteliers retrouveront en outre leur totale liberté en ce qui concerne leurs propres canaux de commercialisation, mel, téléphone, réception etc. Leurs sites internet sont exclus de ce dispositif. Ils seront également libres de proposer ou non des chambres à la location sur le site de réservation, selon les périodes et leur propre niveau d’occupation. Expedia et les autres sites devraient appliquer ces engagements dans les prochains mois, Bruno Lasserre, le président de l’Autorité de la concurrence, considère que ces mesures ont vocation à s’appliquer sur l’ensemble du territoire européen.

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Les sénateurs et députés ont reçu la semaine dernière une invitation à venir passer une semaine en immersion dans l’entreprise. C’est à l’initiative de l’association « entreprises et progrès » que cette opération « Moi, parlementaire, une semaine dans les pas d’un dirigeant » est organisée pour la seconde année. En 2014, 25 parlementaires ont répondu présents et ont passé une semaine dans une société de leur choix. L’objectif 2015 est ambitieux, puisque l’association présidée par Denis Terrien, souhaite accueillir 100 parlementaires en entreprises.

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C’est en milliards d’euros, le budget de France Télévision, à la tête de laquelle Delphine Ernotte vient d’être nommée par le CSA, pour une prise de fonction le 22 août prochain. Madame Ernotte est la première femme présidente de France Télévision, comme Mathieu Gallet, nommé, également par le CSA, en 2014, est le plus jeune président de Radio France. Le CSA a donc fait le choix du symbole pour cette nouvelle nomination. Delphine Ernotte est incontestablement un manager expérimenté, si elle n’est pas spécialiste de l’audiovisuel, elle est une experte du numérique et elle a une grande expérience des mutations à négocier au sein d’un groupe complexe. La crise de Radio France démontre, à ceux qui en doutaient, que l’audiovisuel public n’est pas une sinécure, les équations y sont complexes et le soutien de la tutelle est loin d’être acquis pour un PDG qu’elle ne nomme plus. Les défis sont nombreux pour Delphine Ernotte : la reconquête du jeune public, la mutation numérique du groupe France Télévision, la poursuite de la restructuration interne avec peut-être des choix cornéliens sur le périmètre des chaînes publiques, le positionnement stratégique d’une France 3 tiraillée entre sa vocation locale et ses programmes nationaux, la poursuite de la fusion des rédactions…. Certains syndicats se sont fendus de communiqués peu amènes en guise de bienvenue, la présidente devra également gérer ses relations avec les producteurs extérieurs. Mais son premier challenge est de constituer son équipe, la tolérance à l’erreur de casting sera assez limitée.

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C’est en pourcentage la baisse des ventes de logements anciens en Ile-de-France sur un an, selon la Chambre des Notaires. Les prix poursuivent également leur baisse à raison de 2% par an en moyenne.

UMP, FN, MEDEF, reprise, réforme, les mots clés de la semaine

Une erreur de casting, un nouveau nom pour l’UMP, le modèle social français, le FN et le PCF, les motions du PS, l’impossible réforme de la France et l’invisible reprise, les personnalités politiques et économiques ont été bavardes, cette semaine, et l’équipe de Sountsou a apprécié.

Pierre Gattaz, président du MEDEF, dans Challenges du 22 avril

«Le modèle social français, c’est un embrouillamini épouvantable. Avec dix couches : du contrat de travail jusqu’à l’OIT (Organisation internationale du travail) en passant par l’accord d’entreprise, de branche, le Code du Travail… Il faut simplifier et donner à l’accord d’entreprise la primauté sur le reste. Par exemple, si le chef d’une entreprise en situation délicate veut faire travailler ses salariés 40 heures, il doit pouvoir le faire s’il y a accord avec les syndicats. » (…) «  Il y a 1 million de personnes au chômage de longue durée et 1 million bénéficiant du RSA, très loin de l’entreprise et de l’emploi. Or, dans certains secteurs, il y a des pénuries : à radiall, j’ai besoin d’usineurs ou de fraiseurs et je n’en trouve pas. Je préconise de créer des contrats de professionnalisation sur mesure, en permettant aux entreprises d’embaucher ces personnes à 80% du smic, comme c’est la règle pour les moins de 26 ans. L’entreprise les formerait, pendant une durée de dix-huit à vint-quatre mois, un investissement lourd. Et leur rémunération devrait être complétée par l’indemnité de chômage ou le RSA pour atteindre le smic.»

Edouard Philippe (Député et soutien d’Alain Juppé), au sujet du changement de nom de l’UMP, dans Libération du 22 avril

« A l’UMP, nous sommes des républicains, sans aucun doute. Mais je ne considère pas que nous soyons « les Républicains ». En nous nommant « les Républicains », c’est comme si nous vidions la République de son sens. Je trouve cela dangereux.»

Fleur Pellerin, sur Aurélie Filippetti qui l’a précédée au poste de Ministre de la culture et de la communication, citée par Le Canard Enchaîné du 22 avril

« Filippetti a mis tous les dossiers embarrassants sous le tapis. Elle n’a rien géré ici. Pourtant, Matignon avait arbitré le dossier des intermittents, et, en six mois, on l’a réglé (…). J’ai obtenu une augmentation du budget de la Culture, alors qu’il avait baissé de 6% depuis 2012 (…) Elle a fait le CSA (Ndlr : la loi donnant au CSA le pouvoir de nommer les présidents de l’audiovisuel public), mais elle n’a rien fait concernant Radio France. Je n’ai découvert qu’en octobre 2014 qu’il y avait un problème. »

Fleur Pellerin, Ministre de la culture et de la comunication, au sujet du PDG de Radio France, Mathieu Gallet, citée par Le Canard Enchaîné du 22 avril

« C’est une erreur de casting. Mais il ne peut être débranché que par une seule personne : le président du CSA »

Christophe Bourseiller, historien, spécialiste de l’extrême gauche, au sujet de la phrase du Président de la république comparant le discours de Marine Le Pen à un tract du Parti communiste des années 70, dans Le Figaro

« Oui, je trouve ça très justifié. Il faut se rappeler ce qu’était la ligne politique du Parti communiste français dans les années 70 et 80. Georges Marchais, alors secrétaire général du PCF, avait très clairement pris position contre l’immigration. J’ai trouvé au moins un tract communiste qui, dans le cadre de l’élection présidentielle de 1981, illustre cette thématique. Il faut aussi se rappeler l’affaire du « bulldozer de Vitry », en 1980, où la municipalité communiste n’avait pas hésité à lâcher un bulldozer pour empêcher l’installation de migrants. »

François Bayrou, interviewé au sujet de la reprise, dans Les Échos du 21 avril

« Je ne vois même pas le feu de paille ! On nous annonçait que la « conjonction astrale » composée de taux d’intérêt bas, d’une baisse des prix du pétrole et de l’euro allait constituer un formidable bol d’oxygène pour la croissance. Pour l’instant, je n’en aperçois pas les effets. Pour une raison évidente : s’il y a une embellie météorologique, elle profite aux économies de la zone qui sont réactives et bien armées, pas à celles qui sont empêtrées et paralysées. Si vous mettez en balance les 220 milliards d’excédents commerciaux en Allemagne l’an dernier avec les 53 milliards de déficits en France, vous prenez la mesure de ce déséquilibre et vous savez d’avance à qui l’embellie profitera.» 

Bernard Cazeneuve, ministre de l’Intérieur, cité par Le Point, daté du 22 avril

« Je vais de temps en temps sur le site de l’Ina voir les discours de Pompidou. Il n’y a pas de polémique chez Pompidou. Chez moi, vous pouvez chercher, vous trouverez très peu de propos polémiques. La transgression, c’est une maladie, soit on en meurt, soit on en guérit. C’est l’abaissement de la politique. » (…) « Le soir de l’élection de Hollande, je ne suis pas allé à la Bastille. Je n’ai jamais rien sollicité. Vous pouvez demander au président. J’ai toujours eu le sentiment que quelque chose dans ma vie me conduirait à faire des choses fortes et inédites. Dès la petite enfance. »

François Bayrou, répond à la question « la France est-elle réformable », dans Les Échos du 21 avril

« Bien sûr, mais sous deux conditions qui lui manquent. D’abord des institutions qui puissent permettre des majorités d’idées, au service de réformes nécessaires, et qui soient considérées par les citoyens comme légitimes. Ce n’est pas le cas aujourd’hui, notamment en raison d’un mode de scrutin scandaleux et anticivique. Ensuite, il faut du leadership : des femmes et des hommes qui sachent ce qu’ils pensent, qui voient juste et soient capables de rassembler. Il y a des années que la France s’enfonce au même rythme. Inéluctablement, sous Nicolas Sarkozy comme sous François Hollande, 200.000 chômeurs en plus par an… Le constat est le même pour la progression du déficit. Les conséquences sont identiques, puisque les causes subsistent et qu’on n’y touche pas »

Jack Lang, au sujet des quatre motions qui ont été déposées dans la perspective du congrès du PS, interviewé dans Le Figaro, du 18 avril

« Ces quatre textes sont plutôt vides. C’est attristant et décevant. Je ne suis pas né de la dernière pluie. Je sais bien qu’un texte de congrès doit permettre de compter ses appuis et de constituer une future majorité. C’était déjà ainsi à l’époque de François Mitterrand. Mais on aimerait tout de même déceler plus d’idées et d’imagination au PS. J’ai compris qu’untel s’était rallié à la motion majoritaire parce qu’on avait rajouté une virgule par-ci, trois mots par-là. François Hollande mériterait mieux de la part de son parti. un peu plus de hauteur, de vision, de niaque, d’imagination. »

Une PDG pour France Télévision

Delphine Ernotte, Directrice générale du Groupe Orange a été nommée, par le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel (CSA), PDG de France Télévision. Elle prendra ses fonctions le 22 août, avec de multiples défis à relever.

Madame Ernotte est la première femme présidente de France Télévision, comme Mathieu Gallet, nommé, également par le CSA, en 2014, est le plus jeune président de Radio France. Le CSA a donc fait le choix du symbole pour cette nouvelle nomination.

Delphine Ernotte est incontestablement un manager expérimenté, si elle n’est pas une spécialiste de l’audiovisuel, elle est une experte du numérique et elle a une grande expérience des mutations à négocier au sein d’un groupe complexe. La crise de Radio France démontre, à ceux qui en doutaient, que l’audiovisuel public n’est pas une sinécure, les équations y sont complexes et le soutien de la tutelle est loin d’être acquis pour un PDG qu’elle ne nomme plus.

Les défis sont nombreux pour Delphine Ernotte : la reconquête du jeune public, la mutation numérique du groupe France Télévision, la poursuite de la restructuration interne avec peut-être des choix cornéliens sur le périmètre des chaînes publiques, le positionnement stratégique d’une France 3 tiraillée entre sa vocation locale et ses programmes nationaux, la poursuite de la fusion des rédactions…. Certains syndicats se sont fendus de communiqués peu amènes en guise de bienvenue, la présidente devra également gérer ses relations avec les producteurs extérieurs.

Mais son premier challenge est de constituer son équipe, la tolérance à l’erreur de casting sera assez limitée.

Le bon gros lobbying qui tache 

La semaine dernière a mis en avant une méthode très utilisée en matière de lobbying : jeter le discrédit par tous les moyens sur l’adversaire. Cette démarche part du postulat que « salir » est toujours utile puisqu’il en restera toujours quelques taches qui sèmeront le doute.

L’opération anti Mathieu Gallet, mise en orbite à partir d’on ne sait quelle base, a failli réussir. Finalement, il sort, pour le moment, vivant de cette vaste opération de destabilisation, il faudra attendre encore un peu pour savoir s’il est renforcé.

L’arme de destruction massive utilisée pour cibler le président de Radio France est l’argent, il s’agit toujours du meilleur moyen pour éliminer quelqu’un. En France, la relation à l’argent est telle que jeter le doute sur l’honnêteté d’une personnalité en passant par des pseudo-dépenses somptuaires fonctionne souvent, au moins dans un premier temps. Ce fut le cas avec Mathieu Gallet, affaibli par ailleurs par un mode de management peu en phase avec la Maison qu’il dirige et une tutelle, étrangement, bien peu solidaire. Il a eu droit à tout : des articles « programmés » dans Le Canard Enchaîné sur plusieurs semaines, des « convocations » par une Ministre qui découvrait un plan sur lequel ses services travaillaient depuis des mois, une crise sociale interne entretenue par l’externe…

Pendant que les « révélations » se succédaient et étaient distillées au fil du temps, les sommes concernées prenaient de l’ampleur. Bureaux, fauteuils de voiture, puis véhicule, consultants coûteux, moquette, etc. Nous avons eu droit à toute la panoplie de la campagne de déstabilisation. Il a été finalement totalement blanchi en fin de semaine dernière par Bercy, la plus longue grève de  l’histoire de Radio France s’est également arrêtée, comme les « révélations » du Palmipède.

Les ennemis, cachés, du président de Radio France sont tombés sur un os. Le contre-lobbying mis en place et sa campagne de communication ont finalement été efficaces. La prochaine étape pourrait même être une contre-attaque et des révélations sur les responsables de ces basses oeuvres.

Il n’en reste pas moins qu’après cette guerre éclair qu’il remporte, Mathieu Gallet sort un peu abimé, son image, hier lisse et vierge, est écornée. Dans ce genre de manoeuvres, il reste toujours quelques taches, un peu grasses, qui peuvent suffire à satisfaire leurs auteurs.

Au sein de la CGT, il y a quelques mois, il fallait éliminer le soldat LePaon devenu gênant, les mêmes méthodes ont été employées, avec le même support et une meilleure efficacité que pour le service public de la radio. Le secrétaire général de la CGT était trop sûr de lui, il a été emporté par la crise créée par ses amis de l’intérieur, déterminés à l’effacer pour prendre le pouvoir. Cette semaine il a été blanchi par les résultats de l’enquête interne diligentée au sein de la Centrale. Pas grave, il n’est plus là… L’état déplorable de la CGT au sortir de cette crise importe peu aux responsables de la déstabilisation, le seul sujet était sa prise de contrôle.

Ces opérations de déstabilisation visent les hommes et leurs présumées faiblesses, elles sont souvent motivées par des tentatives de prises de pouvoir. Elles ne réussissent que rarement parce qu’elles reposent essentiellement sur des « boules puantes » factices qui ne tiennent pas sur la durée. La vérité finissant toujours par éclater. Mais elles font partie des méthodes peu ragoutantes de certains pour parvenir à leurs fins.

Il faut se tenir prêt à contre attaquer face à ce « gros lobbying qui tache » et contre-attaquer avec la puissance et la détermination qu’il impose.

Mathieu Quétel, président de Sountsou

L’État doit se réformer

France Stratégie a remis le 13 avril son rapport « quelle action publique pour demain » réalisé sous le parrainage de l’ancienne ministre Anne-Marie Idrac et de Martin Vial, ancien président de La Poste et président de Premium Care. 

Jean Pisani-Ferry, Commissaire général de France Stratégie décrit, avec lucidité, la situation de l’action publique : « Elle fait l’objet d’interrogations que chacun perçoit de plus en plus clairement : beaucoup d’acteurs, beaucoup d’activités, beaucoup de dépenses, mais des résultats en deçà des attentes et, donc, un sentiment d’impuissance. D’autant que, simultanément, l’environnement dans lequel intervient la sphère publique (le monde économique, la société civile…) évolue à une vitesse considérable, notamment grâce au numérique. Si rien ne se passe, le risque est grand d’avoir à moyen terme un État impotent, dépassé. Et c’est tout le pays qui en paierait les conséquences. »

Ce rapport décrit le chantier des actions à lancer pour réformer l’État à l’horizon des dix prochaines années. C’est sa limite. Dix ans pour l’action publique c’est certes peu, mais le rythme de la vie démocratique, donc politique, est plus rapide et les changements de majorité, sur la période, peuvent être nombreux et intervenir comme autant de ruptures dans les réformes entreprises. Enfin, l’économie n’attend pas et supporte de moins en moins les à coups de la décision publique.

Le premier constat de ce rapport, par ailleurs sans concession, est limpide : la réforme n’est plus une question mais une urgence. Il pose donc cinq objectifs pour transformer l’action publique :

  1. Répondre à des besoins en constante évolution
  2. Expliciter les priorités et leur allouer les moyens nécessaires
  3. Appuyer la modernisation du pays
  4. Rendre des comptes
  5. Impliquer les agents publics

Cinq leviers sont identifiés pour agir. Ils doivent permettre de mener à bien cette réforme indispensable et de ramener le niveau de dépense publique de 57,2% du PIB à 50% environ. La priorité pour l’État est de faire le tri dans ses missions et de mieux responsabiliser les acteurs de leur mise en oeuvre, qui devront rendre compte. Le rapport préconise que d’ici dix ans, 25% des postes pourvus en Conseil des ministres correspondent à des recrutements hors fonction publique. Il s’agit d’ouvrir la gestion et le management de l’action publique à des profils plus proches de l’entreprise et de la société civile.

Pour charger ce rapport : www.stratégie.gouv.fr