L’actu

Auteur/autrice : Mathieu Quétel

Et si vous tourniez le dos au Lobbying « à la papa » ?

Les relations institutionnelles ont connu leurs grandes heures il y a quelques années et de nombreuses « affaires » ont été rendues publiques, encore très récemment. Le fameux carnet d’adresses, que nous évoquions la semaine dernière, est au coeur de ce que nous appelons le lobbying « à la papa », celui qui repose, précisément, sur la commercialisation de réseaux construits au cours des années et « d’amis bien placés ». 

Si connaître des décideurs et pouvoir les joindre reste bénéfique, cela ne suffit néanmoins plus à construire une démarche institutionnelle efficace sur le long terme et qui tienne compte à la fois des besoins de l’entreprise et de l’évolution de son environnement politique. La majorité des élus d’aujourd’hui, notamment la nouvelle génération, sont différents de leurs aînés ; ils sont eux-mêmes plus exigeants et porteurs de valeurs. Les récentes déclarations d’intérêt sont éloquentes à cet égard. On constate que les nouveaux parlementaires agissent de façon bien plus transparente que certains vieux briscards de la politique…

Une nouvelle génération d’élus est apparue, ces dernières années, qui refuse de commettre les erreurs du passé et de perpétuer les comportements de certains de ses aînés. Il n’est plus rare de voir des parlementaires dénoncer publiquement (sur Twitter, en particulier) les cadeaux reçus de telle ou telle entreprise et jugés déplacés.

Certains reportages récents diffusés à la télévision sur des « clubs parlementaires » financés par des industriels ont eu des effets dévastateurs, à la fois pour les élus concernés et pour les entreprises qui s’adonnent encore à de telles pratiques.

Un jeune parlementaire m’a raconté une anecdote amusante. il a été invité à un dîner de « traitement des parlementaires de bases » par un grand patron (ces dîners réunissent une vingtaine de parlementaires membres de la même commission). Ces élus étant classés « de base », ils sont invités en groupe mais ont l’insigne privilège de dîner en présence du P-dg de cette entreprise du CAC 40… Ce dernier passe le temps de l’entrée et du plat à expliquer toute l’importance de son entreprise et ses enjeux sans s’occuper aucunement de ses invités. Notre jeune parlementaire ose le contredire sur un chiffre qu’il juge inexact et se fait littéralement « souffleter » en retour…

Nous sommes dans une situation-type du lobbying « à la papa » : pas de respect pour le parlementaire « de base », une gestion collective des élus, aucun intérêt pour eux, pour leurs propres préoccupations, leurs convictions et un seul but : « vendre sa soupe ».

Des méthodes dépassées, d’une autre époque, aujourd’hui inefficaces…

Cette exigence nouvelle (effet du numérique ?) impose donc de revoir les méthodes suivies dans la relation institutionnelle. Celle-ci ne peut plus se limiter à quelques contacts avec les seuls élus « décideurs » et bienveillants à l’égard de telle ou telle problématique.

La démarche de persuasion et de d’explication doit être plus systématique et, disons-le, plus professionnelle.

Tourner le dos au lobbying « à la papa », c’est résolument adopter une démarche de relations institutionnelles de conviction et de valeur. Cela demande plus de temps, c’est difficile et exigeant mais beaucoup plus efficace.

Mathieu Quétel

Président de Sountsou, auteur des Cahiers Experts « Les 10 erreurs à éviter en relations institutionnelles »

Pour continuer la réflexion sur les relations institutionnelles et ce qu’elles peuvent apporter à votre entreprise, téléchargez Les Cahiers Experts.

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Le lobbying n’est rien d’autre qu’un outil démocratique

Si le mot « lobbying » est devenu au fil des années et de certaines affaires, porteur de suspicions, il désigne une fonction stratégique de l’entreprise qui n’est rien de moins qu’un outil au service de la démocratie.

J’entends déjà les cris d’orfraie ici ou là. « Le lobbying ne vise qu’à dévoyer la décision publique », « les entreprises n’agissent que pour faire pression sur les élus », « cela permet d’acheter les décideurs publics », « regardez les affaires autour de certains pans de l’industrie », « ces influenceurs actionnent des réseaux douteux et souterrains » etc.

Il existe des affaires autour de certains groupes de pression, il ne s’agit pas de le nier. Certaines entreprises utilisent clairement des moyens radicaux pour parvenir à leurs fins, certains lobbyistes, se sont également spécialisés dans la « mise en relation amicale » facturée à prix d’or. Tout cela existe. Pour autant, ces pratiques doivent elles exclure votre entreprise de toute action dans la sphère publique ? La réponse est, clairement, non.

Une stratégie institutionnelle est essentielle pour toute entreprise ou Fédération professionnelle dont l’activité dépend, même partiellement, de la décision publique. Et elles sont innombrables à être dans ce cas. En réalité, de nombreuses entreprises devraient initier une démarche « Affaires publiques », car les règlements et la législation touchent beaucoup d’activités.

Le lobbying (ou appelez-le comme vous le souhaitez) est un fabuleux outil démocratique et un levier stratégique incontournable de l’entreprise, qui devrait être managé au plus haut niveau de celle-ci. En effet, il est indispensable pour les décideurs publics de connaître les positions des uns et des autres avant de prendre une décision. Contrairement à une idée reçue, ils n’ont aucun intérêt à affaiblir les entreprises. Bien au contraire, en ces temps de crise,  l’entreprise est au coeur de l’économie et de la société. Certains politiques en sont conscients, d’autres ont besoin d’être informés, d’échanger, afin de mieux comprendre et, pourquoi pas, d’évoluer.

Quant à l’entreprise, est-il acceptable qu’elle s’expose à des risques à cause de mauvaises décisions prises dans des sphères qu’elle aurait décidé d’ignorer ?

Mathieu Quétel, président de Sountsou

Politico investit Bruxelles

Politico est un jeune groupe de presse numérique américain qui a fait ses armes dans la capitale mondiale du lobbying, Washington.

Il se lance sur le Vieux Continent avec pour ambition de séduire les acteurs publics, les entreprises et les lobbyistes.

Politico s’est donc installé à Bruxelles le 23 avril. Le groupe de presse américain qui s’est imposé à Washington grâce à une ligne éditoriale originale tente l’aventure européenne. Le site a déjà embauché 40 journalistes pour sa filiale du Vieux Continent.

Politico est une très belle success story de presse numérique américaine à l’image du Huffington Post ou de Buzzfeed. Créé aux Etats Unis en 2007, le site veut imposer son ton résolument direct et son approche très éditorialisée de la vie législative. Politico veut raconter des histoires, il ambitionne d’avoir une approche peu institutionnelle et plus proche des acteurs de la vie politique.

Son modèle économique utilise la gratuité pour séduire les lecteurs avant de leur proposer des contenus payants exclusifs et pointus pour des sommes rondelettes, notamment autour de lettres thématiques dont le montant de l’abonnement peut atteindre 8000 euros par an.

Bonne chance Politico.

Pour visiter Politico, cliquer ici :

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Lobbying : N’attendez pas tout de votre carnet d’adresses

Le chef d’entreprise est souvent impliqué dans la vie locale ou dans des clubs, ce qui lui donne l’occasion de croiser les élus, voire de sympathiser avec eux. Il est fréquent de rencontrer des décideurs économiques qui considèrent que leur seul carnet d’adresses suffira à résoudre les problématiques légales inhérentes à leur activité. Si ces relations sont utiles, souvent ponctuellement, elles ne peuvent en aucun cas servir de base à la résolution de difficultés liées à la sphère publique.

En effet, vos élus sont soumis à de multiples demandes, ils suivent plus particulièrement certaines thématiques qui ne relèvent pas nécessairement de vos activités et leur mission consiste à écouter tout le monde et à décevoir (en tout cas pour certains d’entre eux) le moins d’électeurs possible…

Le carnet d’adresses peut incontestablement se révéler utile à un moment ou un autre, mais certainement pas sur la durée ni en termes d’efficacité. Les relations institutionnelles doivent s’inscrire dans une démarche globale de long terme et basée sur les valeurs de l’entreprise et des éclairages précis sur ses problématiques. Elles revêtent des formes diverses et nécessitent une évolution permanente des stratégies. La connaissance de quelques élus, si importants soient-ils, ne vous aidera certes pas à gérer durablement les intérêts de votre entreprise. La complexité des arbitrages publics et les multiples enjeux qu’ils représentent demandent une approche extrêmement précise de la relation avec la sphère publique.

Votre entreprise vous impose quotidiennement de faire des choix, vous devez trancher, agir vite… Pensez que les élus et les décideurs publics sont soumis à la même pression, avec, en plus, des équilibres politiques à maintenir. Cette complexité est amplifiée par la crise économique, sociale et politique que nous traversons. Les majorités sont plus difficiles à trouver, elles sont protéiformes.

Des orientations gouvernementales peuvent être remises en question au Parlement, voire non suivies des effets escomptés par les autorités indépendantes chargées de les appliquer…

Paradoxalement, cette situation nouvelle peut être un avantage pour les entreprises, notamment les PME. Désormais, les décisions publiques doivent s’accompagner d’explications à différents niveaux, au sein du Gouvernement, au Parlement, au sein des majorités, des partis, entre acteurs publics qui interviennent sur les dossiers et, bien entendu, vis-à-vis du public, lequel n’est plus simple spectateur de la vie démocratique.
Pour toutes ces raisons, compter sur son seul carnet d’adresses constitue une erreur et peut conduire à des échecs majeurs.

Mathieu Quétel, président de Sountsou, auteur des Cahiers Experts « Les 10 erreurs à éviter en relations institutionnelles »

Pour continuer la réflexion sur les relations institutionnelles et ce qu’elles peuvent apporter à votre entreprise, téléchargez Les Cahiers Experts.

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Les hôteliers gagnent contre Booking

Les réservations en ligne représentent 34% du total des réservations de nuits d’hôtels en Europe. Les hôteliers étaient soumis aux conditions, parfois draconiennes, imposées par certains sites. L’Autorité de la concurrence vient de leur rendre, partiellement, leur liberté.

Il est stratégique pour les hôteliers d’être bien représentés sur internet et d’y préserver leurs marges. L’Autorité de la concurrence a rendu une décision, mardi 21 avril, qui revoit les relations entre les hôteliers et le site booking.com qui représente près de 25% des réservations de chambres en France.

Le site ne pourra plus imposer aux hôtels qu’il propose, de lui réserver le meilleur prix et de s’interdire des offres plus intéressantes, y compris sur leur propre site. Booking a pris des engagements qui s’appliqueront en France, en Italie et en Suède dès le 1er juillet. Les hôtels pourront désormais proposer des tarifs différents selon les sites et selon les commissions qu’ils prélèvent. Les hôteliers retrouveront également leur totale liberté en ce qui concerne leurs propres canaux de commercialisation, mel, téléphone, réception etc. Leur site internet est néanmoins exclu de ce dispositif. Ils seront, en outre, libres de proposer ou non des chambres à la location sur le site de réservation, selon les périodes et leur propre niveau d’occupation.

Expedia et les autres sites devraient appliquer ces engagements dans les prochains mois, Bruno Lasserre, le président de l’Autorité de la concurrence, considère que ces mesures ont vocation à s’appliquer sur l’ensemble du territoire européen.