Une présidentielle avec de très nombreuses inconnues

Le premier tour de l’élection présidentielle approche à grands pas et l’issue semble de plus en plus incertaine. Contre toute attente, les principaux candidats sont tous en mesure de se qualifier, ou pas, pour le second tour. Seul le score de Marine Le Pen semble stable. Tentative de décryptage.

Benoît Hamon n’est pas hors jeu

Nombreux sont ceux qui ont d’ores et déjà décidé que le duel de second tour de la présidentielle ne pourra se dérouler qu’entre deux des trois favoris actuels : Marine Le Pen, François Fillon ou Emmanuel Macron. En fait, Benoît Hamon semble à portée du deuxième tour. Son union avec le candidat écologiste semble désormais acquise et il n’est pas exclu que l’électorat de Jean-Luc Mélenchon fasse, dans la dernière ligne droite, le choix d’un « vote de gauche utile » qui pourrait qualifier in extremis le candidat du PS pour le second tour de cette présidentielle.

Un tournant de la campagne de Macron ?

La séquence algérienne d’Emmanuel Macron et ses déclarations sur la colonisation assimilée à un « crime contre l’humanité », suivie de son interview à l’Obs dans laquelle il a estimé que les opposants au Mariage pour Tous avaient été « humiliés » en 2013, ont considérablement tendues les débats autour de lui, y compris dans son premier cercle. Il a réussit le difficile pari de se mettre à dos, en deux jours, une grande partie de la droite et de la gauche. En outre, sa gestion de ces deux sujets, en mode « hystérisation », apparait nettement en rupture avec la vision apaisée d’une France qui se parle, échange et se réunit. Annoncé pour le début du mois de mars, son programme pour la présidentielle est très attendu et le candidat a désormais les plus grandes difficultés à tenir sa posture de la différence de positionnement… Les prochains jours seront très importants pour lui car il s’est exposé à un risque d’entrer dans une forte zone de turbulence.

La campagne imposée de Fillon

François Fillon est, quant à lui, victime également de sa posture de « l’homme intègre », balayée par l’affaire des emplois présumées fictifs de son épouse et de ses enfants et de la gestion qu’il a eu de cette affaire en terme de communication. Le candidat de la droite et du centre à la présidentielle fait le pari que le temps effacera cet épisode, ce qui serait vraisemblable sur un temps long. Toutefois, dans le cadre d’une campagne présidentielle, dont le premier tour aura lieu dans un mois, il est peu probable qu’il parvienne à faire oublier cette affaire. Il peut désormais espérer un rebond de son électorat qui se résignerait, dans la dernière ligne droite, à voter pour lui, malgré la déception et la colère. Or, la colère des sympathisants ou électeurs de droite est très grande, ils voient la perspective de la victoire promise s’éloigner, ils ont le sentiment d’avoir été trompés lors de la primaire et, en gros, d’être placés devant le fait accompli… Néanmoins, malgré cette affaire qui ressemble à une tornade, François Fillon semble conserver un socle solide entre 18,5 et 20%.

Marine Le Pen, déjà gagnante ?

Il est frappant de constater à quel point ces intentions de vote sont en décalage avec le ressenti que l’on peut avoir dans les échanges de la vie de tous les jours. Peut-être devrait-on s’interroger sur un vote Le Pen « caché » ? Des électeurs de François Fillon pourraient être tentés de voter pour la candidate d’extrême droite sans vraiment le reconnaître. Ce vote « caché » pourrait représenter entre 3 et 5% des intentions de vote pour François Fillon. Celui-ci serait alors en dessous des 18% et Marine Le Pen dépasserait le seuil de 30% au premier tour.

Rien n’est joué. Tout est possible.

Les finalistes du second tour pourraient donc très bien être Hamon-Le Pen. En réalité, plus les jours avancent, plus il apparait que la seconde place du premier tour se jouera entre trois candidats et il est encore possible que le challenger, voire le candidat improbable d’aujourd’hui, finisse par sortir gagnant. En revanche, le second tour, présenté jusqu’à présent comme sans suspense, pourrait faire exploser les hypothèses et les plafonds de verre…

Mathieu Quétel, président de Sountsou-Affaires Publiques