Taxis : la victoire du lobbying de la violence

Le Premier ministre s’est félicité de la reculade de la société Uber qui a finalement décidé de suspendre son service UberPOP, « à la suite des actes de violence » observés lors des manifestations de taxis des 25 et 26 juin. Cet épisode n’est pourtant glorieux ni pour Uber, ni pour les taxis, ni pour le gouvernement. 

Uber, fidèle à sa stratégie de rupture et de transgression, a tenté de passer en force avec arrogance et une forme de désinvolture qui finissent, comme dans d’autres pays, par se retourner contre elle, malgré la popularité de ses services. On peut s’interroger sur cette stratégie de la terre brûlée et sur les impacts qu’elle pourrait avoir sur le modèle économique de Uber, dont l’avenir est déjà suspendu à l’issue d’une condamnation en Californie qui considère que ses chauffeurs sont en fait des salariés. La société s’est certes félicitée de sa notoriété qui a fait un bond en avant, et des records de téléchargements de son application après les échauffourées, mais elle oublie un peu vite que l’ensemble de l’image de la profession des VTC est entachée, la sienne, probablement également.

Les autres sociétés de VTC sont toutes victimes de cette communication cassante, puisqu’elles sont confondues avec Uber et ont subi les mêmes violences que la firme américaine, souvent dans l’indifférence générale. Pourtant, nombre d’entre elles, sont Françaises, paient leurs impôts sur le sol national, respectent parfaitement la réglementation et ne souhaitent qu’une chose : développer leur activité dans un secteur devenu très concurrentiel. Quant aux chauffeurs, souvent auto-entrepreneurs, il ne faut pas oublier qu’ils se sont pris en mains et ont créé leur propre emploi et doivent également assumer des charges comme tout entrepreneur, ils ne sont certainement pas des « travailleurs clandestins ».

Les taxis ont quant à eux été fidèles à eux-mêmes en adoptant un lobbying de rue, agressif et violent qui donne une image déplorable de la France et qui, plus que leur désarroi, montre leur désintérêt pour leur clientèle. Ils ont remporté une nouvelle victoire par l’utilisation de ces méthodes hautement contestables où la violence physique est un incontournable ingrédient de la revendication.

Quant au gouvernement, il ne devrait pas trop se vanter sur le fait que  sa « détermination, dans ce domaine-là, comme dans bien d’autres, a payé », car c’est tout le contraire qui s’est passé. Le gouvernement a cédé en rase campagne à des manifestants déchaînés et sans limite qui ont fait acte de violence pour obtenir satisfaction. Pire, dans un contexte de chômage record, il pointe du doigt des citoyens qui créent leur propre emploi, travaillent dur. S’agissant de UberPop, il stigmatise des Français qui ne cherchent qu’à mettre un peu de « beurre dans les épinards » pour boucler des fins de mois difficiles, certes dans un espace réglementaire boiteux.

Le message adressé aux professions et aux Français qui souffrent, à ceux qui n’en peuvent plus des charges et des contraintes diverses qui pèsent sur eux au quotidien est assez clair : rendez-vous dans la rue, soyez violents et nous vous écouterons… Une belle victoire du populisme et un incontestable coup porté au dialogue et à la recherche du consensus.

Or, les impacts du numérique sur notre économie traditionnelle n’en sont qu’à leurs balbutiements et ils pourraient susciter encore de très fortes tensions dans de nombreux secteurs qui seraient également légitimes à se « révolter » au lieu de s’adapter. Le gouvernement devrait plutôt s’intéresser aux conditions d’une nouvelle régulation de l’économie, revoir son approche, en évitant la stigmatisation de la nouvelle économie et en privilégiant les ponts vers la transition numérique. Le numérique n’est pas une alternative, il ne s’agit pas d’une option, il est présent et irrigue tous les pores de la société et de l’économie, il bouleverse les usages de nos concitoyens. Il sera difficile voire impossible de s’y opposer.

Uber, les VTC et les taxis devraient revoir leurs stratégies d’influence, le résultat obtenu n’est bon pour personne. Il brouille l’image des VTC, assimilés à des « travailleurs clandestins », il caricature les artisans taxis, transformés en brutes violentes à cause de quelques-uns d’entre eux. Mais dans ce match, les VTC conservent une longueur d’avance : les clients sont avec eux.

Mathieu Quétel, président de Sountsou