RNT : Une rentrée cruciale pour sa réussite

Cette tribune a été publiée dans La Lettre Pro de la Radio

Avant la trêve estivale, le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) a lancé une consultation publique « relative aux choix des zones de déploiement à venir de la radio numérique terrestre (RNT) et préalable au lancement d’appels aux candidatures locaux sur le territoire métropolitain ». Le CSA va sans doute publier, dès les premiers jours de la rentrée, les résultats de cette consultation avant de lancer, dans la foulée, des appels aux candidatures en RNT. Sommes-nous à la veille du véritable déploiement national de la RNT ?

Un projet initial de déploiement trop timide

La consultation du Conseil supérieur de l’audiovisuel laissait entrevoir deux écueils à la réussite du lancement effectif de la radio numérique terrestre : un nombre trop limité d’allotissements locaux et une étonnante réserve de multiplexes nationaux.

Pourtant, les allotissements locaux constituent un élément fondamental de la réussite de la RNT, car ils permettront aux radios locales et régionales, dont le modèle économique repose encore largement sur la publicité locale, de préserver celui-ci. Le « Collectif Radios en Nord », créé autour de TPE,  de PME et de radios associatives a d’ailleurs été créé en juillet pour rappeler l’importance d’un maillage efficace des territoires en RNT, qui prenne, notamment en compte les besoins en décrochages.

Or, le CSA envisageait de composer les futurs appels aux candidatures autour d’un allotissement local et d’un allotissement étendu, un dispositif bien insuffisant pour espérer une réussite rapide du déploiement de la RNT.

Dans sa consultation, le CSA pariait sur un engagement futur du service public et des éditeurs nationaux dans la radio numérique terrestre et leur réservait donc l’essentiel de la ressource disponible. Une posture surprenante qui aboutirait, de fait, à offrir aux éditeurs frileux ou hostiles vis à vis de la RNT, une sorte de dividende numérique. Ainsi, les PME et les associations de la radio financeraient le lancement de la RNT, puis les groupes nationaux et le service public viendraient tirer leurs bénéfices, une fois la garantie de réussite de ce nouveau paysage obtenue… Une situation inacceptable pour les radios indépendantes.

Gageons que le CSA fera, finalement, preuve de sagesse dans les appels aux candidatures qu’il s’apprête à lancer et créera les conditions d’une réussite de la RNT en France.

Le CSA doit s’appuyer sur les PME de la radio

Un plus grand nombre de multiplexes, notamment locaux, devrait être proposé en appel aux candidatures afin de permettre aux éditeurs intéressés de se lancer avec une véritable stratégie de développement qui préserve leur modèle économique. S’il est envisageable qu’une ressource nationale soit préservée pour le service public, il est difficilement concevable que des éditeurs hostiles à la RNT puissent se voir réserver tout un pan de la ressource, en prévision de leur revirement probable en cas de succès.

Les prochains appels aux candidatures en RNT préfigureront le véritable plan de déploiement de celle-ci, ils revêtent donc une importance toute particulière. Ils constitueront un signe de la détermination du CSA à lancer ce nouveau paysage radiophonique, numérique, gratuit et accessible par tous. Les industriels attendent, légitimement, ce signal afin de proposer au marché français plus de récepteurs FM/DAB/IP. C’est le cas, notamment, pour la première monte, hors option, dans les véhicules de tourisme, ainsi que pour l’élargissement de l’offre de récepteurs de salon ou encore l’initialisation des puces FM/DAB dans les téléphones portables. Les nouveaux-entrants en ont besoin afin de construire des plans d’affaires crédibles aux yeux des investisseurs et les éditeurs historiques doivent pouvoir poser des plans de développement avec la perspective que leurs programmes soient effectivement écoutés via la RNT.

Paradoxe : pour réussir la RNT, il faut plus de fréquences FM

Mais, la RNT ne constitue pas le seul enjeu de cette rentrée pour les PME de la radio. Celles-ci ont également besoin d’être renforcées en FM. Les appels aux candidatures en FM analogique, en cours et à venir, devraient permettre au CSA de renforcer les radios locales et régionales par l’attribution des fréquences qui leur manque encore trop souvent pour assurer un avenir serein dans leur bassin d’audience. Car la FM reste le coeur de business de ces radios, tant l’IP que la RNT ne sont, actuellement, que des nouveaux modes de diffusion, certes incontournables, mais dont le modèle économique reste à trouver.

Le déploiement de la RNT ne pourra pas réussir si les PME de la radio restent trop contraintes dans la FM. Il s’agit, en apparence, d’un paradoxe mais pour envisager rester compétitives dans l’IP et assumer le déploiement de la RNT, il sera indispensable aux radios indépendantes de disposer d’un potentiel de développement de leur audience par le biais du mode de diffusion qui reste aujourd’hui leur source quasi-unique de revenus publicitaires : la FM.

Le CSA se trouve donc face à un double rendez-vous en cette rentrée 2016 : permettre à la RNT de réussir en lui réservant un maximum de ressources dès à présent et donner aux éditeurs motivés par la RNT les moyens d’en assumer le déploiement. Cette contrainte liée demandera du courage et de la détermination à l’Autorité de régulation. Mais, n’est ce pas précisément dans sa mission de réguler le paysage audiovisuel ?

Mathieu Quétel, président de Sountsou – Affaires Publiques