Quand le populisme explose le « système »

Le moins que l’on puisse dire est que l’élection de Donald Trump aux Etats-Unis secoue également les états majors des partis français à l’approche de 2017. Au coeur des préoccupations, le populisme ambiant et une toute nouvelle tendance qui pointe son nez, éviter à tout prix de parler de  populisme …

Les esprits s’échauffent au sein des partis politiques et dans les rangs des élus, notamment des députés. Souvent très proches du terrain, ces derniers ressentent depuis des mois cette ambiance pré-électorale si particulière en période de tension démocratique : leurs électeurs se taisent, acquiescent ou les « engueulent ». Les seconds sont plus rassurants que les premiers. Les « taiseux » sont souvent ceux qui font basculer les majorités et qui surprennent tout le monde, y compris les sondeurs. Ils sont les détenteurs de ces fameux « votes cachés », ceux qui viennent de secouer l’Amérique, de balayer huit années de présidence Obama et de lessiver Hilary Clinton, incarnation d’un système dont ils ne veulent plus.

Après le Brexit, la présidentielle en Autriche, Donald Trump est l’autre symbole de ce « populisme » de 2016 qui percute les ordres établis et les prévisions sondagières. Des candidats anti-système dérouillent les partis traditionnels et dissolvent dans les urnes les carrières les plus prometteuses.

Alors, en France, certains au sein des partis traditionnels rejètent désormais l’utilisation du mot « populisme » car il nourrirait… le « populisme ». C’est un peu compliqué… En fait, ils estiment qu’en ne qualifiant plus de populistes les plus radicaux d’entre eux, ils ne stigmatiseront plus les électeurs tentés par des messages extrémistes.

Désormais, le terme « populisme » est donc interdit. Il faut s’intéresser au citoyen tenté par un vote extrême, aux raisons qui l’entraînent vers ce choix et trouver comment y répondre d’ici l’élection présidentielle et les législatives. Un très vaste programme !

Sauf que le « populisme » continue de prospérer. Il sera difficile de raisonner Nicolas Sarkozy qui ne peut que constater que sa stratégie offensive et antisystème est validée par l’élection de Donald Trump. Quant à Marine Le Pen, elle n’a sans doute jamais été si proche de pouvoir vraiment s’imposer, notamment au Palais Bourbon.

En France, les déçus des promesses électorales sont nombreux et dans toutes les strates de la société. L’enjeu pour les candidats à la présidentielle est de donner des assurances que les réformes seront engagées, notamment pour réduire la voilure en ce qui concerne le train de vie de l’Etat et ses fastes, pour redonner de la fluidité au fonctionnement des entreprises tout en rassurant les salariés sur leurs emplois, de remettre à plat un système social dépassé…

Seulement voilà, les Français ne semblent plus croire aux promesses et n’écoutent plus les politiques. Il n’est pas assuré que les scrutins à venir se déroulent comme prévus dans les sondages. En France également, le « populisme » pourrait dérouiller le système…

(en photo, les couvertures de l’Opinion et de Libération du 10 novembre 2016)