Présidentielle : le syndrome Hulot

Nicolas Hulot qui était pourtant crédité de près de 15% d’intentions de vote pour la présidentielle vient de se retirer de la course, il laisse ses soutiens esseulés et sa décision reste inexpliquée. Elle rappelle que l’élection présidentielle est une épreuve difficile pour les candidats, se lancer dans cette course impose d’avoir une volonté et une force loin de toute normalité.

Si François Hollande a fait sa campagne présidentielle de 2012 sur le thème du « Président normal », personne n’a pu croire que lui-même fut un candidat puis un Président « normal » puisque précisément cette élection requiert une personnalité hors norme, en rapport avec les responsabilités endossées ainsi qu’avec l’exposition qu’impose la campagne électorale.

Est-cette exposition maximum que redoutait Nicolas Hulot ? Son caractère aurait-il résisté à la violence d’une campagne au cours de laquelle tous les coups sont permis et qui ne souffre aucune faiblesse personnelle ? En tout cas, il ne s’est pas senti l’homme de la situation et ne s’est pas projeté dans une campagne électorale qui ne l’aurait probablement pas porté vers l’Elysée mais qui aurait assurément coûté à François Hollande sa qualification pour le second tour… Une responsabilité déjà lourde à porter et un enjeu qui a pu déclencher certaines pressions qui on fait réfléchir l’ancien animateur de télévision.

À droite, longtemps Nicolas Sarkozy a misé sur le manque « d’envie et de motivation » d’Alain Juppé à mener cette bataille. Il a eu tort sur ce point. En effet, l’ancien Premier ministre, s’il apparait moins dynamique dans les sondages, reste à l’offensive et déroule imperturbable sa stratégie dont il espère qu’elle lui fera gagner la primaire puis la présidentielle. L’excellent ouvrage de la journaliste Gaël Tchakaloff « Lapins et merveilles » paru en avril est l’un des éléments qui démontre à quel point Alain Juppé est dans le match et qu’il ne cèdera pas facilement.

Bruno Le Maire fait également preuve d’une belle détermination et il déroule également imperturbablement sa machine de campagne, convaincu qu’il est encore en mesure de créer la surprise le 20 novembre. Dans cette primaire de la droite, c’est François Fillon qui semble en retrait et sur la retenue comme s’il était peu déterminé à gagner. Le candidat propose le programme le plus aboutit, le plus réformateur mais il ne parvient pas à accrocher les Français et sa campagne ne lui permet pas de décoller dans les intentions de vote, il plafonne à seulement 9% pour le premier tour de la primaire de la droite. Certes ce score le place à la quatrième place mais bien en deçà de ses capacités et loin de tout espoir d’espérer une victoire.

Quant à Nicolas Sarkozy et François Hollande, rien ne semble avoir de prise sur eux. Ils avancent tels des funambules vers leur destin et rêvent sans doute de s’affronter à nouveau en 2017 l’un pourrait ainsi prendre sa revanche et l’autre confirmer définitivement sa suprématie. Les affaires, les sondages, les tensions au sein de leurs familles politiques, le désamour des Français, rien n’apparait en mesure de contre carrer leur plan de bataille.

Ce sont cette soif de pouvoir, cette force intérieure qui pousse irrésistiblement au dépassement de soi, cette carapace qui écarte les coups les plus bas qui forgent un candidat à la présidentielle. Une femme ou un homme, de cette trempe, il n’y en a finalement que très peu.

Mathieu Quétel, président de Sountsou – Affaires Publiques