Lobbying culturel : l’étude surprenante de EY

Une vaste offensive de lobbying culturel afin de préserver les législations européennes et spécificités nationales en place mais également pour défendre les différents dispositifs dont elles bénéficient a été lancée par les industries culturelles.

C’est donc le cabinet E&Y (ex Ernst & Young) qui s’est vu confié la mission d’une étude européenne sur la situation des industries culturelles et leur poids réel dans les économies. Le résultat est efficace puisque l’étude annonce un chiffre d’affaires culturel au niveau européen de 536 milliards d’euros ce qui représente 4,2% du PIB européen. Avec 7,1 millions de personnes l’industrie culturelle est également le troisième employeur européen derrière la construction et la restauration.

Commandée par le GESAC (Groupement Européen des Sociétés d’Auteurs et de Compositeurs) l’étude est baptisée « Creating Growth ». Et pour « créer de la croissance », les rédacteurs et commanditaires de l’étude regrettent que le budget public dédié à la culture ait baissé de 1% en moyenne entre 2008 et 2012 et demandent à ce que les politiques nationales de soutien aux industries culturelles soient généralisées au niveau européen…

L’étude de E&Y salue donc la bonne performance des industries culturelles en Europe, montrées en exemple mais dans le même temps demande plus d’aides et de soutiens des États. On pourra s’étonner de l’orientation de l’analyse. En effet, une baisse des crédits publics de 1% sur la période de crise 2008-2012 s’apparente plutôt à un effort maintenu de la part des États dans un contexte très tendu sur le plan économique… De nombreuses entreprises d’autres secteurs d’activités auraient sans doute apprécié de voir les investissements publics ainsi stabilisés au cours de cette période.

D’autre part, il serait intéressant de mettre en exergue la part d’investissement public inclue dans les 536 milliards d’euros de chiffre d’affaires annoncés par l’étude de E&Y. Il existe une différence entre la création de richesse nette et la redistribution fiscale. En France par exemple, le Projet de Loi de Finances pour 2015 prévoit 4,38 milliards d’euros dédiés aux médias, à la lecture, aux industries culturelles et au service public soit une hausse de 0,43% par rapport à 2014. Notons que le Sénat vient de rejeter ces crédits.

Derrière cette étude, se cache une démarche de radicalisation de certaines industries culturelles. C’est notamment le cas en France où les majors de la musique font pression sur le gouvernement pour que les quotas radiophoniques de chansons francophones soient durcis alors que la loi actuelle est respectée et que la question qui pourrait être posée devrait plutôt être : la révolution numérique n’impose-t-elle pas une nouvelle approche de la défense de la création francophone ?

Mathieu Quétel, président de Sountsou