Les syndicats patronaux chahutés par leurs bases

Le mouvement de désintérêt voire de suspicion pour le politique touche également les syndicats patronaux qui doivent faire face à la colère de leurs adhérents notamment en province.

La récente manifestation anti RSI qui a réunit 7000 personnes a permis au ras-le-bol des petits patrons de s’exprimer dans la rue. On pouvait lire sur certaines banderoles des revendications agressives et radicales qui apparaissent en rupture avec le mode de communication traditionnel des patrons. Les manifestants ne se montraient, du reste, pas très accueillants pour la CGPME ou l’UPA à qui ils reprochent une forme de « mollesse » sur le sujet.

Hervé Lambel, candidat malheureux à la présidence du MEDEF, ne dit pas autre chose. Il reproche aux représentants patronaux, MEDEF et CGPME, de s’être institutionnalisés et d’oublier de défendre les intérêts de leurs mandants au profit des revenus de leurs syndicats, issus selon lui principalement de subventions publiques diverses. C’est donc tout un système qui est en cause, selon lui.

Cette dénonciation des représentants patronaux élus, s’apparente à la désaffection pour le politique et plus largement à la condamnation d’un « système » au sein duquel « l’entre soi » fonctionnerait à plein régime laissant de côté les préoccupations de ceux qui ne font pas partie du cercle, principalement les TPE et PME. En clair, les syndicats patronaux s’entendraient avec les gouvernements, parfois au détriment des intérêts de leurs adhérents.

Si l’analyse n’est pas forcément totalement fausse, sa conséquence qui aboutit à une joyeuse généralisation est dangereuse, y compris pour les entreprises. En effet, les entrepreneurs ont besoin de peser sur les décisions publiques et si leurs organisations comportent sans doute des imperfections, elles permettent également de faire avancer les choses. Cette tendance au rejet de l’institution n’est pas nouveau, il doit alerter les représentants patronaux.

Les manifestations de rue organisées en décembre 2014 par la CGPME pour crier le ras-le-bol des TPE et PME étaient sans doute motivées par la colère de sa base qui ne se sentait pas suffisamment écoutée. Il s’agissait de « lâcher un peu de pression » et d’organiser une mobilisation hors des codes traditionnels. Ce fut un incontestable succès.

Il est normal que les adhérents d’une organisation syndicale soient plus radicaux que leurs représentants, ceux-ci ont pour mission de négocier et de trouver des chemins d’accord avec les représentants politiques. Les syndicats patronaux mais également les fédérations professionnelles doivent intégrer dans leur fonctionnement interne la nécessité de mieux communiquer et d’expliquer leurs décisions et positions.

En ces temps de crise, la communication interne est un enjeu stratégique pour les organisations patronales. Elles doivent, certes rester à l’écoute de leurs mandants, mais également expliquer les difficultés de la négociation sociale et institutionnelle. Le récent échec de la négociation autour de la modernisation du dialogue social met en exergue la complexité des intérêts à défendre et des jeux de chacun.

De leur côté, les politiques doivent tenir compte de ces bases, certes plus radicales, mais qui représentent également l’incontournable réalité du terrain. Cette prise en compte ne saurait se limiter à de la communication ou à quelques manifestations de rue. Les revendications sont plus profondes et plus exigeantes. Les politiques seraient également bien inspirés de respecter pleinement les organisations syndicales et leur indépendance. Les manoeuvres autour de l’élection à la présidence de l’UIMM furent bien inutiles puisque les adhérents ont plébiscité au final l’indépendance.

Mathieu Quétel, président de Sountsou