L’abstention : le premier parti de France ?

Le premier tour des Départementales approche et les déclarations des responsables politiques ont tendance à se cristalliser autour du très bon score annoncé du Front National (voir nos articles précédents sur ce sujet), ils feignent d’ignorer le taux record d’abstention également prévu par les sondages, ont ils raison ?

Ces derniers jours, une avalanche de phrases chocs au sujet du poids probable du FN lors des élections des 22 et 29 mars s’est abattue sur les médias. Du « FNPS » au « tract ambulant », en passant par « l’arrachage des électeurs au FN », « l’angoisse » ou le souhait de « stigmatisation », tout est bon pour susciter la polémique et cela fonctionne. Ces sorties musclées, qui frôlent parfois le dérapage pas très contrôlé, ne laissent elles pas transparaitre une forme de désarroi  face aux électeurs du FN ? En tout cas,  le manque d’intérêt des partis à l’égard des 57% de Français qui ne souhaitent pas se déplacer vers les urnes ne peut que surprendre.

L’UMP prête au PS et au président de la République la tactique qui consisterait à tout faire pour valoriser le FN afin d’aplatir au maximum le score de la droite aux prochaines élections avec un objectif ultime bien entendu : que François Hollande soit au second tour de la présidentielle de 2017 face à Marine Le Pen. Admettons cette analyse courte et caricaturale qui, au moins, apporte une réponse à l’attitude du PS.

Mais quel est l’intérêt pour l’UMP d’ignorer ainsi le réservoir de voix que constituent les 57% annoncés d’abstentionnistes ?

Il est vrai que, traditionnellement, il est observé que les abstentionnistes, lorsqu’ils se déplacent aux urnes, votent comme les autres, donc ils ne feraient pas vraiment bouger les curseurs. Et si ce comportement était en train d’évoluer ?

Les motivations des abstentionnistes sont multiples et difficiles à cerner avec précision. Globalement, il y a un mécontentement à l’égard des partis et des responsables politiques, on peut également admettre que le vent positif qui souffle sur le FN aurait tendance à sur-mobiliser ses électeurs. En conséquence, le réservoir des abstentionnistes comprendrait une grande part d’indécis ou de déçus profonds mais sans appétence pour les thèses défendues par Madame Le Pen.

Dans ce contexte, ces abstentionnistes sont à reconquérir par les partis traditionnels.

La tentative désespérée d’une partie de la droite de séduire cet électorat ne serait elle pas une erreur de stratégie ? Ne devrait elle pas s’intéresser en priorité à ces non-votants volontaires et assumés ? Ne sommes nous pas face à une évolution de notre système démocratique difficile à identifier et pour laquelle les réponses du passé ne suffisent plus ? En effet, nos sociétés sont chahutées par des crises profondes et durables. Nous vivons une révolution numérique que beaucoup refusent encore, nous traversons un passage d’une économie à une autre, une transformation profonde de nos sociétés et sans doute de notre vie démocratique.

Il est complexe de comprendre les nouveaux usages de nos concitoyens comme il est évidemment difficile de déceler leurs véritables attentes. Or, les partis ont tendance à considérer que leurs militants sont le reflet de la société. Ils sont pourtant de moins en moins nombreux et de moins en moins représentatifs du plus grand nombre.

Parmi les abstentionnistes, certains sont à reconquérir et pourraient être séduits par une nouvelle offre politique plus moderne, pragmatique et moins ancrée dans les schémas du passé, si proches et déjà si lointains. C’est l’enjeu principal des prochaines échéances électorales mais surtout de notre organisation démocratique de demain.

Mathieu Quétel, président de Sountsou