La méthode Bertrand  

Xavier Bertrand est comme libéré depuis ce funeste 1er tour des élections régionales de décembre 2015 qui a failli lui coûter son ascension vers la présidence de la nouvelle grande région Nord-Pas-de-Calais-Picardie. Depuis son « Taisez-vous ! » lancé dans l’entre-deux-tours aux responsables de son parti Les Républicains et singulièrement à Nicolas Sarkozy, il a décidé de fonctionner en marge de la petite politique parisienne.

Dès sa prise de fonction à la tête de la nouvelle grande région, Xavier Bertrand avait mis en place le service « Proche Emploi » qui se met à la disposition des personnes en recherche d’emploi pour leur proposer différents services dont la mise en place de formations adaptées aux offres d’emplois locales et le mise en relation avec des employeurs qui embauchent. Un service qui vient pallier les nombreuses lenteurs et lacunes de « Pôle Emploi ». Mi-février, il réunissait ses vice-présidents, sur le terrain, à Calais, afin que chacun prenne conscience de la situation et puisse imaginer des solutions à proposer dans son domaine d’intervention. Le moins que l’on puisse dire que le nouveau président fait « pulser » la région Nord-Pas-De-Calais-Picardie.

C’est tout à fait par hasard que j’ai rencontré Xavier Bertrand, le vendredi 19 février, à Calais, ville dans laquelle il venait de passer la semaine allant de rencontres en réunions avec les forces vives de ce territoire blessé par les crises industrielles, économiques, sociales et migratoires.

Détendu, le président de région s’est livré, aux cours de cette semaine de travail sur le terrain, à un véritable audit de la situation et des forces en présence avec le souci affirmé de comprendre et d’appréhender les aides susceptibles de venir concrètement au secours des entreprises et de la population.

Inquiet, il constatait que les entrepreneurs revendiquaient des aides qui relèvent de l’Etat comme le moratoire sur les charges mais qu’ils apparaissaient moins créatifs pour l’éclairer sur les moyens que la région pourraient mobiliser pour les accompagner avant d’obtenir gain de cause sur leurs demandes auprès du gouvernement.

Insatisfait d’en être réduit au rôle de porte-parole des entrepreneurs auprès du gouvernement, Xavier Bertrand a donc essayé pendant cette semaine et sans doute au cours des jours suivants d’imaginer des chemins pour aider l’économie du Calaisis littéralement asséchée par une image désastreuse.

Soucieux également des tentatives de récupérations politiques, des tensions entre les acteurs locaux, il a enchaîné les rendez-vous pour renouer le dialogue entre les uns et les autres, à la recherche de solutions, y consacrant plusieurs heures à chaque fois.

Cette méthode inédite pour un responsable politique de ce niveau est sans doute l’approche dont a tant besoin cette terre du Nord de la France, réduite depuis des mois à l’image véhiculée par les médias nationaux d’un vaste bidonville au sein duquel la criminalité règnerait en maître. Elle inaugure sans doute un nouveau comportement politique absolument indispensable face au désarroi des français et des entrepreneurs après des décennies de décisions saccadées qui ont fini par décourager un large pan des forces vives de notre pays.

En échangeant avec Xavier Bertrand, je ne pouvais m’empêcher de penser à l’énergie, au temps et à l’argent que les acteurs locaux auraient pu économiser en facilitant un peu la tâche à leur président de région et en organisant mieux leurs demandes.

Au final, je me rassurais en me disant qu’une démarche institutionnelle construite et bien pensée permettait décidément de gagner considérablement en efficacité.

Mathieu Quétel, président de Sountsou

Auteur de la Collection Les Cahiers Experts, le nouveau numéro « Présidentielle 2017 : 10 conseils pratiques pour faire entendre la voix des entrepreneurs » est disponible en téléchargement ici.