EELV : l’implosion

Europe Écologie – Les Verts (EELV) nous offre une séquence dont il a désormais une parfaite maîtrise : à l’approche de rendez-vous majeurs pour les idéaux qu’il défend, il éclate littéralement en plein vol. Une situation qui ne sera pas sans conséquences pour la majorité de François Hollande. 

Cette fin d’année 2015 présente des échéances assez idéales pour les écologistes. En effet, le rendez-vous international de la COP 21, sur le climat, est une opportunité extraordinaire pour que les écologistes portent leurs propositions tant en ce qui concerne leur projet de société qu’économique. Toujours en décembre, se dérouleront les élections régionales, un scrutin traditionnellement positif pour eux, lorsqu’ils sont alliés avec le PS, puisqu’il leur permet de récolter des élus et des responsabilités dans de nombreux exécutifs détenus par la gauche.

Au lieu de capitaliser sur ces échéances, les écologistes se déchirent et prennent le risque d’affaiblir la majorité présidentielle. Une fois de plus, serait-on tenter d’ajouter.

À la fin de l’été, François de Rugy, puis Jean-Vincent Placé ont annoncé quitter EELV mettant en cause « la dérive gauchiste du parti ». Le député et le sénateur sont également co-président et président de leur groupe parlementaire… Une crise qui en créera d’autres et les rebondissements devraient être encore nombreux, tant les tensions entre les différentes tendances au sein d’EELV sont fortes. Désormais, les groupes parlementaires sont l’objets d’âpres discussions, les pro-Duflot estimant qu’ils doivent être présidés par des adhérents du parti, Rugy et Placé défendant quant à eux la nécessité d’équilibre entre les tendances au sein même des groupes parlementaires.

En réalité, l’hémorragie est beaucoup plus large que ces têtes d’affiche, de nombreux cadres ont déjà quitté le navire et d’autres devraient suivre dans les semaines à venir.

François de Rugy a d’ores et déjà annoncé la création d’une nouvelle formation « Écologistes ! » qui devrait avoir pour vocation d’engager le dialogue avec le PS, après les régionales, avec pour perspective la création d’une large union pour la présidentielle de 2017. Car le risque est grand, désormais, de voir une gauche éclatée se présenter aux suffrages des Français en 2017. Or, l’enjeu sera de passer le premier tour…

Mais plus proches de nous, ce sont les élections régionales qui posent de sérieux problèmes à la majorité. EELV ayant fait le choix de s’allier au Parti de Gauche plutôt qu’à ses partenaires historiques du PS. Le Nord-Pas-de-Calais-Picardie sera sans doute le symbole d’une fracture aux répercussions multiples, puisque va se poser l’inévitable question du front républicain pour la liste arrivée en troisième position, si le FN est en situation de l’emporter au second tour. Par leur décision, les militants d’EELV prennent le risque de n’avoir à l’arrivée que peu ou pas d’élus mais également de ne pas permettre au PS d’assurer une présence pour le match final.

Les ambitions de Cécile Duflot pour 2017 pourraient bien emporter avec elle tout EELV. En effet, les bérézina électorales de 2007 et 2012 sont à sa portée avec pour conséquence la disparition des écologistes des bancs de l’Assemblée et du Sénat après avoir été effacés de ceux des conseils régionaux…

L’aile droite et l’aile gauche des écologistes constituent une ligne de fracture qui semble irréconciliable. Elle participe de la reconstruction de la gauche qui devrait intervenir après les élections régionales. Il n’en reste pas moins que la voix écologiste risque fort d’en sortir aphone.