Doubs : crises de nerf à l’UMP

Le premier tour de la législative partielle du Doubs, dimanche 1er février, a réveillé la crise profonde qui couvait à l’UMP et révélé la pénurie d’idées et l’absence de chef…

Le premier acte s’est joué bien entendu dimanche avec l’élimination inattendue dès le premier tour du candidat de l’UMP alors que le FN arrive largement en tête et que le candidat PS se place second… On s’attendait plutôt à un bon score du parti de Nicolas Sarkozy qui aurait pu bénéficier de l’apport de son nouveau président et du recul de 12 points du PS par rapport à 2012… Il n’en fut rien. 1er choc.

La direction de l’UMP s’est ensuite donnée 48 heures pour poser sa stratégie de second tour en prenant soin de demander à tous les lieutenants et leaders divers qui la composent de s’en tenir au silence jusqu’au mardi suivant. En moins de 10 minutes, dès dimanche, chacun y allait de sa position quant au second tour. Cacophonie assurée. Second choc.

C’est Alain Juppé qui a jeté un pavé dans la marre en publiant sa position sur son blog lundi : « … si j’étais électeur de la 4ème circonscription du Doubs, je sais ce qu’en mon âme et conscience je ferais : pour barrer la route à une candidate FN qui croit, entre autres choses, « en l’évidente inégalité des races », je ne m’abstiendrais pas, je voterais pour le candidat qui l’affronte, c’est-à-dire le candidat PS. » Troisième choc.

Mardi, le Bureau Politique de l’UMP se réunit enfin avec en début de journée cette phrase de Nicolas Sarkozy que chacun garde à l’esprit : « … il faut affirmer un choix politique. Mais si nous ramenons tout à un problème de conscience, nous risquons de faire du problème de la législative partielle dans le Doubs un risque d’explosion de l’UMP ». La position du « ni-ni » (ni FN, ni PS) sera finalement votée par 22 voix contre 19 par ce Bureau Politique à l’ambiance houleuse. Selon certains participants, Nicolas Sarkozy avait présenté deux textes l’un pour le « ni-ni » l’autre qui laissait le choix à l’électeur entre vote « pour le candidat de la majorité », vote blanc ou abstention. Néanmoins, le patron s’est bien gardé de prendre trop position, il n’a même pas participé au vote. Quatrième choc.

Mercredi c’est d’Abu Dhabi que vinrent les mauvaises nouvelles. On apprenait que Nicolas Sarkozy avait préféré assurer une conférence bien rémunérée lundi que de gérer les affaires internes de l’UMP et la difficile question du second tour de la partielle du Doubs… Cinquième choc.

Jeudi, les désignations des têtes de liste aux régionales donnent lieu à un psychodrame avec, notamment, un Henri Guaino très mécontent de la désignation de Valérie Pécresse en Île de France. Vendredi matin sur BFM et RMC il déclare qu’il « se pose toujours la question de quitter l’UMP ». Sixième choc.

Quant à Alain Juppé, il annonce sa présence au Conseil National de l’UMP du 7 février avec « gilet pare-balles et casque à boulons »… Ambiance. Lors de ce Conseil National, il est à nouveau copieusement et plusieurs fois hué (il l’avait déjà été lors du meeting de Nicolas Sarkozy sur ses terres bordelaises le 22 novembre). Nicolas Sarkozy, ne manque pas de conclure ce samedi tout en tension en revendiquant son souci de faire l’unité du parti, à peine quelques minutes après que ses lieutenants aient organisé la claque anti-Juppé… Septième choc.

Enfin, dimanche le candidat PS l’a finalement remporté, de justesse, face à la candidate FN. Après avoir été éliminée dès le 1er tour, l’UMP pourra difficilement tenir sa position du « ni-ni », en effet le FN s’impose indubitablement et sans doute durablement comme un parti d’alternative et, pourquoi pas, demain, d’alternance ? Huitième choc.

Cette semaine constitue un bon résumé de l’état de l’UMP. Un parti en danger, tiraillé entre des positions de plus en plus inconciliables, sans chef reconnu, sans ligne de conduite. Un parti au bord de « l’explosion » pour paraphraser Nicolas Sarkozy.

Mathieu Quétel, président de Sountsou