Code du travail : enjeu de la présidentielle

En décidant de se lancer dans une réforme au long cours du Code du travail, le Premier ministre en fait un véritable enjeu de la prochaine élection présidentielle. Manuel Valls a en effet décidé de n’engager en 2016 qu’une timide réforme, centrée sur les heures de travail mais en excluant les 35 heures du périmètre. La réécriture des 3800 pages du Code de travail est reportée en 2018, la surenchère de promesses électorales peut donc s’engager.

L’une des principales revendication des chefs d’entreprise dans les réformes demandées aux responsables politiques est la refonte d’un Code du travail devenu aussi complexe qu’indigeste et coûteux dans le fonctionnement quotidien des entreprises.

Un sondage Elabe pour Les Échos, l’Institut Montaigne et Radio Classique, publié le 6 novembre, montre que 55% des français se déclarent favorables à une réforme « en profondeur pour alléger fortement » le Code du travail et ils sont 66% à souhaiter que les entreprises soient libres de fixer par accord avec les syndicats la durée hebdomadaire du travail. La prise de conscience est bien présente. Reste à la volonté de réformer à s’imposer.

Il est vrai que la bourde de la Ministre du travail, piégée par Jean-Jacques Bourdin le jeudi 5 novembre, est plus le symbole d’une hallucinante complexité que d’une prétendue incompétence de la jeune ministre. Myriam El Khomri, pressée de répondre par l’intervieweur, s’est emberlificotée dans les méandres du CDD, un sujet que les chefs d’entreprise connaissent bien puisque tout est fait pour que ce type de contrat soit de plus en plus complexe à utiliser. Malgré la légère réforme de l’été dernier.

La décision de confier à un Comité de Sages, présidé par l’ancien ministre de la Justice, Robert Badinter, une réflexion sur la réforme du Code du travail, avec une première étape en janvier 2016 pour une loi espérée pour l’été suivant, marque la volonté de Manuel Valls de mettre ce sujet difficile au coeur de la campagne pour la présidentielle de 2017.

Il s’agit d’un signe de plus que les entrepreneurs seront bien l’un des sujets majeurs de cette élection. L’enjeu sera de créer, rapidement, les conditions d’une reprise franche et massive, dans un contexte international encore frileux et dont il ne faut pas forcément attendre de carburant pour renouer avec une reprise qui ne cesse de se faire attendre. Les politiques commencent peut-être (soyons optimistes) à comprendre que la France regorge de dynamisme et de créativité qu’il pourrait suffire de laisser s’exprimer.

Tous les partis semblent vouloir s’investir dans cette démarche « entrepreneuriale », même le FN commence à revoir son positionnement économique et met un bémol sur ses propositions iconoclastes de sortie de l’Euro ou populiste en direction des « travailleurs ».

Outre le Code du travail, c’est une approche globale du monde de l’entreprise qui doit être revue. Pour cela les états-majors vont avoir besoin des entrepreneurs pour les nourrir en propositions.

Quant aux dirigeants d’entreprise, ils seraient bien inspirés de s’emparer de cette « fenêtre de tir » pour passer à l’attaque et s’organiser pour peser sur les propositions puis, sur leur application concrète dans les réformes qui seront mises en oeuvre après les élections présidentielle puis législatives de 2017.