Brèves de lobbying

« Les brèves de lobbying » apportent des éclairages sur des opérations passées ou en cours dans le domaine des relations institutionnelles. Une approche directe dont le but est de susciter la réflexion ou de donner des idées.

La Mairie de Paris contre Amazon

Amazon lançait le 16 juin un nouveau service à Paris qui pourrait bien fluidifier encore plus les achats quotidiens des parisiens. Amazon Prime Now propose des livraisons express de produits frais en deux heures sur Paris et sa petite couronne, en scooter et petits véhicules, selon les distances. La Mairie de Paris s’est immédiatement lancée dans une campagne contre ce nouveau service en soulevant toute sorte de critères qui vont de la déstabilisation des « équilibres commerciaux » à la pollution accrue (sic), un étrange positionnement pour la Ville de Paris, pôle d’attraction international et vitrine de la France à l’étranger et qui se distingue déjà par ses « combats » contre les Uber et autres Airbnb.

Le lobbying anti-nouvelle économie d’Anne Hidalgo

Anne Hidalgo se distingue ces derniers mois par ses prises de positions contre la nouvelle économie, après les VTC et les plateformes de type Airbnb, elle s’attaque désormais au géant Amazon et à son nouveau service de produits frais livrés en quelques minutes. Ces attaques répétées de la Maire de Paris contre les acteurs de la nouvelle économie laissent perplexe. La Maire semble prendre ses décisions en fonction de marqueurs idéologiques plutôt que dans l’intérêt de ses administrés. En s’attaquant aux opérateurs innovants du net, elle s’érige de fait en défenseur des acteurs historiques tels que les taxis, les commerçants et elle donne également l’impression de combattre les multinationales du net. Les emplois créés sont opposés aux emplois détruits, les services offerts aux nuisances générées etc. Tout est bon pour donner l’impression d’être un rempart face à l’envahissement et au grand chamboulement de notre économie par les géants du net qui, en plus, « ne paient pas leurs impôts chez nous ». Ces slogans, presque marketing, sont répétés à longueur d’interviews, sans mise en perspective, sans prise en compte de la complexité des emplois effectivement créés et de la création de valeur en général. Un peu comme si la nouvelle économie était un élément idéologique « clivant » aux effets électoraux tellement intéressants qu’ils dépasseraient le ridicule de ces postures aux accents populistes.

Défendre les VTC à la française

Les plateformes de VTC font souvent la une de l’actualité, notamment sociale, avec une tête d’affiche savoureuse : Uber. C’est oublier un peu vite, que de nombreuses sociétés françaises se sont créées autour de cette nouvelle économie du service. Les acteurs français regrettent d’ailleurs d’être trop souvent confondus avec leur confrère américain, dont les méthodes ne sont pas forcément les leurs. Ils ont donc fait le choix de s’autonomiser dans leurs démarches auprès des politiques dans le but d’expliquer leurs différences. Une saine initiative.

Néonicotinoïdes : quel lobby dit vrai ?

Situation typique des choix difficiles auxquels sont parfois confrontés les parlementaires, le vote de l’interdiction des insecticides de la famille des néonicotinoïdes, connus pour attaquer le système nerveux des abeilles. Selon les spécialistes ces insecticides seraient responsables de la disparition chaque année de plus de 300.000 colonies d’abeilles, un véritable désastre. Or, les avis divergent sur les solutions alternatives disponibles et les agriculteurs, grands utilisateurs de ce type d’insecticides ne peuvent se résoudre à ne pas les utiliser, sans mettre en danger leurs exploitations. Alors, les parlementaires et le gouvernement sont face à un dilemme qu’ils ont arbitré par un « entre deux ». Les néonicotinoïdes seront bien interdits mais seulement à partir de septembre 2018, voire après la mi-2020 dans certains cas. Une situation qui hérisse les défenseurs de la nature qui assènent que des solutions alternatives sont d’ores et déjà disponibles et que les effets néfastes sur l’environnement sont supérieurs aux effets bénéfiques. Le sujet a été débattu dans le cadre de la loi Biodiversité et a fait l’objet de multiples revirements au cours des navettes parlementaires. Le débat a également été vif au sein même du gouvernement opposant Stéphane Le Foll, le ministre de l’agriculture à Ségolène Royal, la ministre de l’environnement. Les lobbies ont joué pleinement leur rôle dans cette affaire pointant les difficultés des différentes options, les politiques ont eu les plus grandes difficultés à les départager.

La « taxe Nutella » victime du business d’Etat

Le gouvernement avait fini par céder : une « taxe Nutella » serait mise en place. L’objectif était de surtaxer l’huile de palme dont les effets sanitaires et écologiques sont dénoncés de longue date. La taxe, du nom de la célèbre pâte à tartiner qui l’intègre dans sa recette, devait être mise en place. Mais, c’était sans compter sur les réactions du principal producteur mondial, l’Indonésie, qui menaçait de remettre en cause les relations entre nos deux pays. Un bémol acceptable s’il se limitait à nos relations diplomatiques qui auraient pu se rafraîchir quelques mois tout au plus. Or, l’Indonésie menaçait surtout de revoir ses relations commerciales avec la France avec, à la clé, des ventes d’Airbus ou de satellites. Alors, le gouvernement a convaincu sa majorité à l’Assemblée Nationale de revenir sur son vote.

Les hôteliers en colère contre Airbnb 

La France est le second marché de la plateforme américaine de mise en relation entre particuliers pour la location d’appartements aux vacanciers et les hôteliers l’accusent de bénéficier d’un statut particulier qui lui permet de s’exonérer de toute sorte d’obligation qui la rende bien plus compétitive. Des syndicats professionnels et des hôteliers ont déposé une plainte contre X afin de dénoncer des pratiques qu’ils jugent illégales. L’enquête a été confiée au service national des enquêtes (SNE) qui doit constater les infractions. À côté du terrain judiciaire, les hôteliers espèrent beaucoup du projet de loi numérique qui pourrait renforcer l’arsenal contre les plateformes, notamment par le biais d’un « permis de louer » et des signalements à l’administration fiscale. Dans les coulisses, les débats sont rudes.

Les syndicats ont 2017 en ligne de mire

Outre les enjeux de représentativité syndicale où la CFDT pourrait passer devant la CGT lors des prochaines mesures de mars 2017, c’est bien l’après présidentielle qui se joue actuellement. Si les syndicats contestataires comme FO et la CGT s’opposent si vivement à la timide Loi El Khomry, ils préparent déjà le retour de la droite en 2017 et la mise en oeuvre de réformes jugées « dures et radicales » qu’elle promet. Philippe Martinez s’affiche comme le rempart aux réformes et met la pression sur les candidats à la présidentielle qui doivent intégrer le fait qu’ils devront affronter des blocages s’ils envisagent de respecter leurs engagements. Paradoxalement, cette posture pourrait renforcer la détermination à réformer et mobiliser un peu plus ceux qui ont tant besoin de voir le code du travail évoluer, par exemple.

Les maisons de disques s’attaquent à Google

Alors qu’en France, l’industrie du disque mène la guerre aux radios auxquelles elle reproche de ne pas exposer suffisamment les artistes francophones, aux Etats-Unis, elle pilote un autre combat autrement plus stratégique. Les maisons de disques souhaitent que le Congrès américain s’intéresse à la filiale de Google, You Tube, accusée de diffuser certains clips  sans l’autorisation des artistes et donc sans leur verser de revenus. En outre, lorsque les clips sont diffusés dans le cadre de contrat de licence, la rémunération est jugée trop limitée par les producteurs de disques. Or, le géant américain représenterait 40% de la consommation de musique mondiale contre 4% des revenus. Ainsi, You Tube qui ne cesse de développer sont audience, donc ses profits, notamment grâce à la musique, est accusé de ne pas rémunérer en retour les différents acteurs de l’industrie du disque. Outre, ces diffusions pirates, ce sont les revenus de licences qui sont en jeu. En effet, les géants du disque souhaitent obtenir le soutien du législateur américain dans leurs négociations de renouvellement de licence avec Google.

Commission d’enquête sur Numéro 23

Créée le 1er juin par la Commission des affaires culturelles de l’Assemblée Nationale, la commission d’enquête sur les conditions d’octroi de l’autorisation d’émettre de la chaîne TNT Numéro 23 a élu son bureau le 21 juin. Elle sera donc présidée par Christian Kert, député LR spécialiste de l’audiovisuel, Michel Françaix, Martine Martinel, Dominique Nachury et Rudy Salles en seront les vice-présidents. Le rapport de la commission est attendu pour la fin d’année au plus tard. Elle devrait conduire ses travaux rapidement. La chaîne Numéro 23 a fait l’objet en 2015 d’une décision inédite de retrait de son autorisation d’émettre par le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA), une décision annulée par le Conseil d’Etat. Il est reproché au dirigeant de la chaine d’avoir été candidat à l’obtention d’une fréquence en TNT afin de la revendre rapidement alors que les fréquences sont réputées incessibles et mises à disposition à titre gratuit aux éditeurs en contrepartie d’un cahier des charges.