4 raisons de se lancer en lobbying

Dans le nouveau numéro de « Lobby or not lobby », l’émission dédiée au lobbying sur la Radio des Entreprises, le journaliste Simon Janvier et Mathieu Quétel, donnent 4 (bonnes) raisons aux entrepreneurs de se lancer en lobbying. 

Se lancer en lobbying est souvent une décision difficile à prendre pour un chef d’entreprise, outre l’action sur les règlements et la loi, une démarche de lobbying peut également être très concrètement créatrice de valeur… Retrouver le script de l’émission ci-dessous ou écouter là en cliquant ici .

Simon Janvier : Bonjour et bienvenue pour ce nouveau rendez-vous de « Lobby or not lobby » avec Mathieu Quétel, président de Sountsou – Affaires Publiques. Mathieu, bonjour, aujourd’hui, vous souhaitez donner aux chefs d’entreprise 4 raisons de se lancer en lobbying et vous commencez par nous annoncer un chiffre assez vertigineux. 

MQ : Bonjour Simon. Je vous propose en effet un premier chiffre puis trois autres. En France plus de 400.000 règles ne cessent de s’accumuler. Ces 400.000 règles se répartissent en 10.500 lois et 127.000 décrets qui s’épanouissent dans 62 Codes. De quoi donner le tournis.

On est toujours un peu effrayé par ces chiffres. C’est bien de les rappeler. Ce sont ces chiffres qui devraient convaincre les entrepreneurs de se lancer en lobbying ? 

Disons plutôt qu’ils doivent donner à réfléchir : si nous laissons faire le système, il s’auto-nourrit, ces règles déjà bouffies vont continuer de se développer. Je vois 4 bonnes raisons de se lancer dans le lobbying : Assurer le rayonnement de votre entreprise, agir sur l’action publique, créer de la valeur et permettre une équité dans l’accès au débat public.

Prenons la première raison de se lancer dans une démarche de lobbying, assurer le rayonnement de l’entreprise, c’est tout de même le rôle de la communication.

Bien entendu. Mais le lobbying est également un fabuleux outil. En effet, pour peser sur les décisions, il faut au préalable exister auprès de votre environnement institutionnel. La première étape consiste à se faire connaître auprès des élus les plus proches, les élus locaux, départementaux, régionaux, députés et sénateurs… Près de votre entreprise, ces élus existent et ne vous connaissent peut-être pas encore, ils n’ont donc pas conscience des spécificités de votre activité. En engageant cette démarche, vous ferez parler de vous, vous serez invité à des débats, vous obtiendrez des citations ou des articles dans la presse, bref vous ferez rayonner votre entreprise en devenant un « expert » de votre secteur d’activité. Vous serez consulté par vos parlementaires au moment des projets de loi relatifs à votre domaine, vous pourrez être auditionné dans le cadre de certains travaux parlementaires…

Vous nous expliquez également que se lancer dans une démarche d’influence permet d’agir sur l’action publique. Pour de nombreux entrepreneurs, cet objectif semble inaccessible.

Il est tout à fait possible d’agir sur la décision politique, encore faut-il prendre la peine de s’adresser aux décideurs. Certes, entrer en contact avec les responsables politiques n’est pas une démarche aisée et les PME sont très largement défavorisées. De façon générale, le monde de l’entreprise ainsi que les motivations de l’entrepreneur sont peu compris des politiques. Il ne s’agit pas de désintérêt, de dédain ou pire de mépris, il s’agit d’une simple (et regrettable) méconnaissance, souvent réciproque. Dès lors, une démarche d’influence bien construite vous permettra de peser réellement sur les décisions publiques car elle apportera à l’élu des éclairages nouveaux sur votre situation et sur les effets de ses décisions. S’il ne tient pas compte de toutes vos demandes, ils est très vraisemblable qu’il en retienne au moins quelques-unes.

Plus surprenant, vous prétendez, Mathieu, que le lobbying permettrait aux entreprises de créer de la valeur. Dîtes nous en plus.

Le lobbying n’est en fait qu’un acte de gestion comme un autre. La commande publique représente 200 milliards d’Euros par an en France. On considère que sur ces 200 milliards d’Euros de dépense publique annuelle, à peine 1% sont dirigés vers des PME de l’innovation. Le potentiel de développement est donc énorme.

Le processus législatif ne constitue pas le seul domaine dans lequel le lobbying peut être utile aux entreprises. Adopter une démarche volontariste en direction des décideurs politiques peut également permettre d’accéder à de nouveaux potentiels de développement.

Le lobbying ne concernerait donc pas que l’influence sur les lois, il permettrait également d’avoir accès à de la commande publique ?

En effet, la création de valeur du lobbying peut être protéiforme. Par exemple, j’ai pour habitude de dire qu’une démarche d’influence est une sorte d’assurance pour l’entreprise. L’utilité d’une assurance n’est pas toujours évidente, elle est même perçue souvent comme une charge presque inutile. Mais, lorsque le risque survient on est bien content de pouvoir en disposer.

En ce qui concerne la mise en place d’une démarche d’influence, l’approche est quasiment la même. Lorsqu’il ne s’agit pas de gérer une crise institutionnelle directe avec la menace, par exemple, d’une nouvelle loi ou de nouvelles règles, elle peut se révéler très utile pour prévenir un tel risque grâce aux actions qu’elle va susciter. Dans tous les cas, votre action de lobbying aura été créatrice de valeur.

La quatrième raison de se lancer en lobbying est de permettre une équité dans l’accès au débat public, selon vous ?

Soyons clairs, l’accès au débat public est plus complexe pour une PME-PMI que pour un grand groupe industriel, dont les enjeux et le poids économique sont déjà bien identifiés par les décideurs politiques.

Cela ne signifie pas que le match soit perdu d’avance et que ne rien faire soit la meilleure solution. Pour connaître l’issue d’un combat, il faut s’y préparer et le mener. Cette règle de base s’applique parfaitement aux relations institutionnelles. La politique est un art complexe, aux multiples enjeux, et les décisions sont le fruit de négociations, d’étapes, d’arbitrages, qui sont autant d’occasion pour les entrepreneurs de faire entendre leur voix, de montrer leur spécificité, et de défendre leur entreprise. Avec une démarche bien construite, des argumentaires précis et transparents, le résultat peut-être très surprenant.

Assurer le rayonnement de l’entreprise, agir sur l’action publique, créer de la valeur, permettre une équité dans l’accès au débat public, sont donc les 4 bonnes raisons de se lancer en lobbying selon, vous, Mathieu Quétel, je rappelle que vous êtes le président de Sountsou- Affaires Publiques. Nous vous retrouvons très vite dans un nouveau numéro de « Lobby or not lobby ».

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