Partager

C’est le montant que la France paiera en intérêts de sa dette à partir de 2029. La Cour des comptes l’a écrit noir sur blanc dans son rapport annuel du 25 juin.

La progression mérite d’être regardée en face. La charge d’intérêts est passée de 29,4 milliards d’euros en 2020 à 65,7 milliards en 2025. Elle devrait atteindre 77,4 milliards dès cette année. Puis franchir la barre des 100 milliards par an en 2029.

Cinq jours plus tard, l’OCDE publiait un diagnostic convergent. Avec une dette à 117,5 % du PIB, la France doit engager un ajustement d’environ trois points de PIB d’ici 2030 pour seulement stabiliser sa trajectoire. Sans effort supplémentaire, la dette atteindrait 127 % du PIB en 2030 et 203 % en 2050.

Pendant ce temps, la campagne présidentielle a commencé sans attendre la rentrée, et la dette n’y occupe pas la place que sa gravité impose.

Elle n’est pourtant pas un sujet d’experts. Le déficit cumulé des branches finançant l’Ondam passerait de 11,8 milliards d’euros en 2024 à 20,1 milliards en 2028 sans mesure de maîtrise supplémentaire. La question n’est déjà plus de savoir si le système de santé devra faire des efforts d’efficience, mais comment les organiser sans dégrader l’accès aux soins.

Les Français, eux, ne sont pas dupes. Une étude Odoxa publiée le 30 juin donne la mesure du décrochage : 60 % d’entre eux estiment qu’il n’existe plus de valeurs communes permettant de faire société, et 92 % jugent ce constat préoccupant. 85 % considèrent notre démocratie plus fragile. Et 62 % ne croient pas que la séquence présidentielle de 2027 permettra de retrouver des repères politiques stables.

Un chiffre, dans cette même étude, concerne directement le monde économique. 61 % des Français considèrent que l’entreprise constitue un repère de plus en plus important dans la société française, juste derrière la famille et le travail.

Ce statut ne se décrète pas. Il s’acquiert par la constance du discours, dans la durée, à rebours de tout opportunisme conjoncturel.

Les dirigeants disposent pourtant d’une légitimité que peu d’institutions conservent. Le baromètre Grant Thornton-OpinionWay de mai 2026 mesure cette dissociation : la confiance des dirigeants d’ETI dans l’économie française plafonne à 16 %, quand la confiance dans leur propre entreprise atteint 72 %.

Le 23 juin, Marc Bloch est entré au Panthéon. Il avait écrit L’Étrange Défaite dans la clandestinité, en 1940, pour comprendre comment un pays doté d’institutions, de cadres, d’experts et de moyens avait pu être vaincu si vite. Son diagnostic ne visait pas l’erreur ponctuelle mais un système mental : la routine, la fragmentation des responsabilités, l’incapacité des élites à se réformer à temps. Chacun savait qu’un problème existait, personne n’assumait de changer d’échelle.

La France de 2026 ne connaît pas de défaite militaire. Elle affronte des défaites lentes, sur lesquelles l’information ne manque pas.

Rester silencieux au nom de la prudence peut devenir, lui aussi, une forme de conformisme.

Ce décryptage vous parle ?

Offrez-le en grand format à vos équipes ou à vos adhérents : la conférence de décryptage politique, animée par Mathieu Quétel.