Vers un lobbying entrepreneurial plus offensif ? 

Ces dernières semaines sont marquées par une forme de regain d’intérêt des entrepreneurs à l’égard du politique. Nous vivons un instant démocratique propice à cette mobilisation puisque les élections régionales ouvrent la voie vers la présidentielle puis les législatives de 2017. Néanmoins, il semblerait que la posture des chefs d’entreprise soit un peu plus offensive qu’auparavant.

Il y a un an à peine, les patrons de PME envahissaient les rues de France pour crier leur ras le bol face aux différentes mesures fiscales et administratives qui ne cessent de s’amonceler et de peser sur leur activité, donc sur celle de notre pays. L’opération (risquée) organisée par la CGPME et qui portait le joli nom de « CadenASSEZ » fut un succès et 2015 fut marquée par un infléchissement de la politique économique du gouvernement, même s’il reste insuffisant.

La campagne des régionales a été émaillée de prises de position des entrepreneurs qui ont multiplié les propositions aux candidats pour que les 13 nouvelles régions accompagnent mieux leurs tissus économiques. Medef et CGPME ont rivalisé de livres blancs pour inciter les têtes de listes à une prise de conscience d’autant plus nécessaire que l’économie est une véritable compétence régionale.

Certes, à chaque élection les entrepreneurs formulent des idées mais cette fin d’année 2015 est incontestablement marquée par une plus grande visibilité médiatique et une moindre retenue de leur part, même si leur présence sur les listes aux régionales reste bien décevante.

La fin de campagne du premier tour avec la sortie du bois de Pierre Gattaz au sujet du projet économique du Front National est loin d’être anodine. Les entrepreneurs ne sont généralement pas friands de politique et ils rechignent d’autant plus à des postures partisanes publiques. Pendant plusieurs semaines, des frémissements se faisaient sentir du côté du monde de l’entreprise du Nord-Pas-de-Calais-Picardie, des voix se faisaient timidement entendre pour alerter sur les risques d’une prise de pouvoir de Madame Le Pen à la tête du Nord.

Il y a quelques semaines, le jeune patron de la CGPME Picardie a tenu des propos fermes dans les médias locaux et régionaux mais sans réelle visibilité nationale. Le 1er décembre Pierre Gattaz, Président du Medef décidait de monter au front et de dénoncer une politique économique du FN proche voire identique à celle du Front de Gauche. Un pas considérable pour un mouvement patronal aussi important.

Monsieur Gattaz a bien veillé à limiter son propos au champ économique mais cette prise de parole publique et libre constitue une nouveauté. Il est déjà presque trop tard pour ces régionales 2015, le second tour va se jouer dans quelques jours. En ce qui concerne la présidentielle, le temps est venu de concrétiser cette approche plus offensive par une participation active et volontariste dans la construction des programmes des différents candidats.

Mathieu Quétel, président de Sountsou

Auteur de la Collection Les Cahiers Experts, le nouveau numéro « Présidentielle 2017 : 10 conseils pratiques pour faire entendre la voix des entrepreneurs » est disponible en téléchargement ici.