Ces tremblements démocratiques qui nous guettent

Cécile Duflot a essuyé une défaite inattendue et violente lors du premier tour de la primaire écologiste. Est-elle le symbole des tremblements démocratiques qui semblent se profiler pour 2017 ? Ce résultat n’était certes que peu prévisible mais il colle terriblement à l’air du temps démocratique. En effet, une tempête de renouveau pourrait bien souffler dans les urnes, au cours des différents scrutins électoraux, internes aux partis d’abord puis nationaux, qui rythmeront les prochaines semaines. 

Probablement jamais une telle défiance à l’égard du monde politique n’aura traversé la France. Les déceptions des Français sont multiples : ras-le-bol fiscal, course déçue à la relance économique, échecs de la lutte contre le chômage, crise morale et sociale qui ne cesse de s’amplifier, craintes sur notre identité nationale… Tous les ingrédients sont réunis pour transformer les rendez-vous électoraux de 2017 en tremblements démocratiques.

Ces déceptions réunissent parfois les Français, plus souvent elles les opposent les uns aux autres. Les candidats à l’élection présidentielle ne sont pas tous irréprochables. Certains, attisent nos différents quant ils ne les exploitent pas franchement. Notre société est donc en tensions. Les débats autour de la gestion du démantèlement de la « jungle » de Calais, les propositions plus tonitruantes les unes que les autres autour de la gestion du terrorisme et des radicaux islamistes, les programmes parfois sidérants quant aux réformes qu’ils promettent, sans espoir de les voir être appliquées un jour… La France semble macérée dans un jus au goût rance.

La réponse des Français semble commencer à se dessiner sans que l’on puisse vraiment percevoir le résultat de leur vote au soir du second tour de la présidentielle de 2017. La primaire écologiste qui a éliminé, dès le premier tour, Cécile Duflot, raisonne comme un avant-goût des matchs à venir.

Le duel retour entre François Hollande et Nicolas Sarkozy est d’ores et déjà nettement rejeté par les Français, au moins dans leur expression dans les sondages. Les candidats auto-proclamés du « renouveau », en réalité vieux routards de la politique, sont également déjà hors jeu même s’ils se démènent, à droite et à gauche, pour exister.

Pour le moment, trois personnalités se détachent nettement. Incarneront-elles en 2017, ces tremblements démocratiques ?

Marine Le Pen est annoncée comme déjà au second tour, elle s’est imposée comme le centre des débats pour de nombreux candidats de droite, sans doute à tort. Elle n’est porteuse d’aucun véritable espoir politique sauf celui de « nettoyer les anciens » et de rebattre les cartes en tentant une politique que nous n’aurions jamais essayée. Ses électeurs sont persuadés qu’avec elle cela « ne pourra pas être pire ». L’actualité les confortent chaque jour dans leur posture.

Alain Juppé, n’est certainement pas un homme neuf. Certains ont jugé judicieux de l’attaquer sur son âge, les électeurs s’en moquent. Ils voient en lui un homme d’Etat qui se pose en protecteur. Pour le moment il s’impose dans les intentions de vote même s’il ne suscite ni passion, ni véritable espoir, plutôt un vote de raison voire de résignation.

Emmanuel Macron a tout à prouver. Il incarne de plus en plus le véritable renouveau, un homme jeune, sans véritable expérience du pouvoir, un « opportuniste démocratique » qui pourrait finir par tirer son épingle du jeu.

Quoiqu’il en soit, nous nous apprêtons à vivre un tremblement démocratique. Certaines personnalités, qui ont marqué les 30 dernières années, vont sans doute disparaître du paysage politique dans les prochains mois. Le nouveau locataire de l’Élysée pourrait insuffler une nouvelle dynamique à la France. Ou pas.

Les Français vont décider de l’intensité du séisme, l’échelle ouverte de Richter ne comporte plus ni niveau inférieur, ni niveau supérieur, un signe que les tremblements de Terre sont de plus en plus violents.