Archives du lundi 6 avril 2015

Lobbying : Évitez l’urgence

Si la procrastination n’est pas toujours une mauvaise attitude, en gestion d’entreprise, en ce qui concerne les relations institutionnelles, elle se révèle souvent catastrophique.

Les décisions publiques avancent à leur rythme, qui peut sembler long, parfois, mais elles avancent, inexorablement. Il est plus facile d’influer sur une décision en cours de gestation que sur un vote qui a déjà eu lieu…

Ainsi, dans le processus législatif, par exemple, il faut « être dans le match » le plus en amont possible de la réflexion publique afin de pouvoir déminer des projets inadaptés. il est en tout cas indispensable de s’inscrire dans le débat parlementaire dès qu’il est engagé dans les commissions.

Bref, les relations institutionnelles nécessitent un travail de veille, de sensibilisation, d’adaptation des stratégies qui ne peut s’inscrire que dans la durée. En outre, sur de nombreux sujets, la tendance est au rapport d’expert sensé éclairer le Gouvernement puis le Parlement sur les décisions à prendre.

Ce rapport est une étape cruciale, il peut être le moment d’une « prise de conscience politique » sur un sujet. Bien entendu, cette veille et ce travail sur la durée nécessitent un investissement humain et financier, comme c’est le cas pour tous les postes de votre entreprise. Trop souvent, la gestion institutionnelle est reléguée à un niveau subalterne et est subie par la hiérarchie. Or, il s’agit d’un sujet essentiel, dont les effets économiques peuvent être importants, pour une entreprise ou une filière. Les ignorer ou les aborder dans des contextes imposés et dans l’urgence, c’est accepter de perdre en efficacité et en influence. C’est accepter d’être affaibli par des décisions sur lesquelles il était possible de peser…

Résoudre des situations dans l’urgence est toujours possible mais plus hasardeux, à moins d’être à l’initiative d’un texte offensif sur un sujet donné…

Mathieu Quétel, président de Sountsou, auteur des Cahiers Experts « Les 10 erreurs à éviter en relations institutionnelles »

Pour continuer la réflexion sur les relations institutionnelles et ce qu’elles peuvent apporter à votre entreprise, téléchargez Les Cahiers Experts.

Les Cahiers N°1

Les chiffres de la semaine

Des prix de cessions surprenants, des indicateurs qui passent peu à peu au vert, des dérives diverses et variées, tels sont les chiffres de la semaine. 

1

Mortimer Zuckerman, le patron du Daily News, s’est vu proposer la somme de 1 dollar par le cablô-opérateur Cable Vision, déjà propriétaire du Newsday, pour le rachat de son célèbre journal new-yorkais. Ce dernier perd 30 millions de dollars par an malgré les différentes restructurations qui ont été mises en oeuvre. Le Newsday se vendait jusqu’à 750.000 exemplaires il y a 20 ans, alors au sommet de sa gloire, aujourd’hui ses versions papier et internet représentent environ 430.000 exemplaires vendus.

90

C’est en millions d’euros ce que Pascal Houzelot et ses associés vont encaisser grâce à la vente de leur chaîne Numéro 23 à NextRadioTV (voir aussi notre article). Une excellente affaire pour cet homme de réseaux qui détient 70% de cette chaîne dont il a obtenu la fréquence au début de l’année 2012 et qui n’a commencé à émettre qu’à la fin de la même année. Quand l’audiovisuel transforme les heureux bénéficiaires de fréquences gratuites, doués en jeux d’influence, en gagnant d’un gros lot du loto…

390.000

C’est en euros, le montant du préjudice qu’un ex dirigeant d’Air France estime avoir subit, après son limogeage, raison pour laquelle il attaque la compagnie aérienne en justice. Un chiffre intéressant car il met en lumière une pratique surprenante de la compagnie, celle-ci accordait à ses anciens dirigeants la possibilité de voyager gratuitement sur ses lignes avec leur famille, visiblement « à vie ». Or, dans le cadre de son plan « Transform 2015 », Alexandre de Juniac, le PDG d’Air France, avait limité ces avantages afin d’obtenir 2 milliards d’économie dans un contexte économique particulièrement difficile pour le groupe qui annonçait dans le même temps supprimer 5000 emplois. Notre ex dirigeant, estime donc que, depuis la mise en oeuvre de ces mesures, en décembre 2012, il aurait subit un préjudice de 390.000 euros de vols gratuits non effectués aux frais d’Air France…

1

1 million d’euros, c’est le chiffre funeste de la semaine, dans le feuilleton Canard Enchaîné – Mathieu Gallet. Le Palmipède, a publié le mercredi 1er avril, de nouvelles révélations sur le train de vie du président, cette fois dans son ancien poste de l’INA, où il aurait engagé plusieurs consultants pour un montant d’1 million d’euros et initié également la rénovation de ses deux bureaux présidentiels pour la somme de 125.000 €. Mathieu Gallet a annoncé son intention de porter plainte.

15.000

C’est le nombre d’emplois perdus dans les grandes banques françaises depuis 2011, selon Les Échos. Cette situation serait due aux baisses de recettes des activités de banque de détail et aux effets de la banque digitale sur l’activité. 

20

C’est donc le 20 novembre 2016 que se tiendra la primaire de l’UMP en vue des élections présidentielles de 2017. Fort de « sa » victoire aux Départementales, Nicolas Sarkozy a souhaité accélérer les annonces. Le Bureau Politique du 7 avril en a validé le processus : ouverture aux candidats UMP et centristes, les votants devront régler 2 €, un UMP devra recueillir le parrainage d’au moins 20 parlementaires, d’au moins 250 élus répartis sur au moins 30 départements, et d’au moins 2500 adhérents répartis sur au moins 15 départements. Les autres formations devront mettre en place leurs propres formalités. Tout candidat à la primaire, également membre de la direction de l’UMP, devra en démissionner au préalable. La date butoir pour se porter candidat est fixée au 9 septembre, la liste des candidats sera publiée le 21 septembre. Le vainqueur prendra la direction du parti de façon à mobiliser l’ensemble du mouvement derrière son candidat.

570

C’est en millions d’euros, l’amende à laquelle s’expose Numéricable-SFR si l’enquête de l’Autorité de la concurrence confirme que les deux groupes ont commencé à échanger avant que celle-ci n’autorise leur rapprochement. Jeudi 2 avril, l’Autorité a saisi les ordinateurs et mis sous scellé plusieurs bureaux du groupe présidé par Patrick Drahi. Des concurrents ont dénoncé auprès de l’Autorité de la concurrence, certaines opérations commerciales qu’ils estiment suspectes car annoncées avant l’autorisation de l’Autorité intervenue en octobre.

2,1

C’est en millions, le nombre de TPE que compte la France. Près d’un salarié du privé sur cinq travaille dans ces entreprises qui emploient moins de 10 salariés et qui participent à 9% du PIB français. Selon l’Insee, elles emploient tout de même 2,3 millions de salariés et représentent 168 milliards d’euros de valeur ajoutée, même si 55% d’entre elles ne génèrent qu’un faible chiffre d’affaires. Ces entreprises, par nature discrètes, sont donc essentielles à notre économie.

5,2

C’est en milliards d’euros, ce que l’ISF a rapporté à l’État en 2014, record battu ! Le budget prévoyait une récolte de 4,65 milliards d’euros, le large dépassement est essentiellement du aux mesures mises en place afin de régulariser les avoirs détenus illégalement à l’étranger.

4

C’est officiel, le déficit public s’établit en 2014 à 4% du PIB, soit un meilleur résultat que celui attendu de 4,4%. Il faut néanmoins rappeler que l’objectif initial était un déficit de 3,6% du PIB et que, tout au long de l’année dernière, il n’a cessé d’être revu à la hausse, pour se stabiliser à 4%. Il faut ajouter la bonne tenue des dépenses publiques qui n’ont augmenté que de 1,6%, soit le rythme le plus bas depuis 1998.

14 000

C’est un chiffre symbolique : avec 14 000 véhicules en circulation à New York, les Uber sont désormais plus nombreux que les taxis (13 500).

Lobbying et entreprise, le malentendu

Le lobbying est presque devenu un « gros mot » y compris pour celles qui en ont le plus besoin, les entreprises. Or, le lobbying est un outil comme un autre à disposition du chef d’entreprise pour faire entendre ses positions et créer de la valeur.

Peu d’entreprises intègrent dans leur stratégie les relations institutionnelles qui sont pourtant essentielles dans l’approche des marchés. Encore appelées affaires publiques ou lobbying, elles sont trop souvent assimilées à une forme de trafic d’influence ou de manipulation des élus. Certes, des mauvais comportements ont été dénoncés au fil des ans, mais ils ne doivent pas remettre en question l’utilité et l’intérêt de la démarche institutionnelle pour l’entreprise. Il ne s’agit, ni plus moins, que d’expliquer les objectifs de celle-ci, ses besoins en ce qui concerne les règlements en vigueur voire simplement de se faire connaitre.

La défiance à l’égard du monde politique ne plaide pas en faveur de l’initiation d’une démarche « affaires publiques » au sein des entreprises. Les chefs d’entreprise sont assez éloignés de la sphère publique qu’ils voient souvent comme un « mal » nécessaire mais certainement pas comme un partenaire possible. Ils ont donc du mal à percevoir l’intérêt d’entrer en contact avec les décideurs politiques, même quand leurs intérêts sont en jeu !

De leur côté, les élus ont été échaudés par des comportements parfois arrogants et agressifs de certaines entreprises dans leur approche. Il existe encore trop d’opérations de lobbying conçues comme de véritables assauts de l’Assemblée Nationale et du Sénat avec des mailings en série, des volées d’amendements pré-écrits, quand ces opérations ne se cachent pas derrière de pseudos colloques ou clubs parlementaires dont l’unique objectif est de « monnayer » du contact.

C’est ainsi, qu’au fil du temps, une forme de malentendu s’est installé entre les élus et les entreprises. Les bonnes pratiques commencent à s’installer des deux côtés, mais cela prend du temps.

Pourtant, les parlementaires et les élus en général sont demandeurs de contacts directs avec les acteurs économiques, créateurs de richesses et d’emplois, à condition que ces échanges se déroulent en transparence. En effet, les élus ont besoin de comprendre à la fois le fonctionnement de l’entreprise et ses enjeux. Être absent de ce débat peut se révéler très coûteux pour le chef d’entreprise.

Mathieu Quétel, président de Sountsou

Radio France : les radios privées rançonnées

Le PDG de Radio France a officiellement présenté à la Ministre de la culture et de la communication son plan stratégique vendredi 3 avril, lors d’un rendez-vous qui a duré un peu plus d’1 heure 30, ce qui semble bien peu au regard de l’importance de l’entreprise mais il est vrai que la ministre en connaissait le contenu depuis plusieurs semaines.

Fleur Pellerin a fait connaître son accord sur ce plan, dans la foulée, en demandant que « le dialogue social soit renoué » et en insistant sur deux points : une dotation en capital supplémentaire pour assumer les dépassements de budget du chantier de rénovation de la Maison Ronde et un assouplissement des règles de diffusion de la publicité sur les antennes de Radio France.

Mercredi dernier la Cour des comptes publiait un rapport sans concession sur la gestion du service public de la radio. Intitulé « Radio France : les raisons d’une crise, les pistes d’une réforme » ce rapport, fruit d’un long travail d’audit, pointe les négligences de l’État et des présidents successifs de Radio France, responsables de la situation actuelle.

La ministre n’a visiblement pas eu le temps de lire ce rapport puisqu’elle procède, comme l’État l’a toujours fait dans ce dossier, par effets d’annonce, sans concertation, ni étude d’impact. C’est le cas pour la rallonge budgétaire annoncée mais non chiffrée, et surtout pour l’élargissement des annonceurs ayant droit d’être présents sur les antennes de Radio France.

Outre le fait que le service public ne respecte déjà pas les règles actuelles et ponctionne sans retenue, ni contrôle, le marché publicitaire, la ministre ne semble pas concernée par la situation de celui-ci. Or, les radios commerciales privées doivent affronter une crise publicitaire sans précédent. La baisse de leur chiffre d’affaires, qui a fondu de près de 20% depuis 2006, est structurelle. Elles sont notamment victimes d’un transfert de revenus vers les acteurs du numérique qui captent une part toujours plus importante des ressources publicitaires.

Les chiffres publiés par l’IREP sont clairs. La radio a vu son chiffre d’affaires perdre 1,6% en 2014, contre une progression de près de 5% pour le net et 35% pour les mobiles ! Le chiffre d’affaires de l’ensemble des radios a été en 2014 de 568 millions d’euros (quand le dérapage du chantier de Radio France atteint 584 millions), en 2006, il s’élevait à 661 millions. Ce sont près de 100 millions qui sont perdus pour le média.

Dans ce contexte, la décision de Fleur Pellerin est déconcertante. La ministre envisage de faire porter une partie de la charge de la crise financière de Radio France par un secteur privé lui-même plongé dans une crise sans précédent.

Les bons mots politiques et business de la semaine

Semaine politique et économique, bilan des Départementales, demandes du MEDEF, primaires à l’UMP et rififi au PS.

Pierre Gattaz, dans Le Talk – Le Figaro, le mardi 31 mars

« Alors que les Français attendent de l’emploi, du pouvoir d’achat et un sens, il faut absolument jouer la carte de l’entreprise, car l’entreprise amène une solution à ces trois problèmes-là »

« Monsieur l’État, gardez votre argent, gardez vos subventions, mais baissez le coût du travail, baissez les charges »

François Hollande, aux perdants des Départementales, cité par Le Canard Enchaîné du 1er avril

« Je mesure l’étendue des dégâts. Je suis triste pour vous. Mais nous devons faire de cette défaite un tremplin. Avec un FN qui grimpe et un Sarko qui pointe son nez, qui osera jouer la division ? » « Les frondeurs, la plupart d’entre eux, Duflot, Mélenchon, quelques autres, c’est le club du 21 avril »

Manuel Valls, sur RMC et BFMTV le mardi 31 mars

« La hausse cumulée des impôts depuis des années, et la droite y a pris une part très importante, a créé un effet de ras-le-bol qui a étouffé l’économie française pour les entreprises, et qui a mis très en colère les Français »

Alain Juppé, au sujet des primaires de l’UMP, interviewé par La Tribune du 2 avril

« S’il s’agit d’une primaire ouverte à tous les sympathisants de la droite et du centre, j’aurai ma chance. En revanche, si le scrutin est bidouillé pour rééditer le scénario de l’élection du président de l’UMP, cette élection ne sera pas de nature à créer une véritable dynamique. Si la deuxième option prévaut, je me présenterai donc, je l’ai déjà annoncé, au premier tour de l’élection présidentielle de 2017 »

Emmanuel Macron, cité par le Figaro-Économie du 31 mars

Le Ministre annonce une Loi Macron II afin de « continuer à la fois le déverrouillage de l’économie française et d’accélérer la reprise qui est en cours »

Stéphane Le Foll, Le Figaro du 2 avril

« Il n’y a pas aujourd’hui, le premier ministre l’a dit devant le groupe socialiste, de décision d’une nouvelle loi (Ndlr : Macron) et, si elle devait arriver, c’est le premier ministre qui l’annoncera »

Bruno Le Maire, au sujet des Départementales, cité par Le Canard Enchaîné du 1er avril

« C’est ça, le danger. Désormais, Sarko va systématiquement jouer du risque de la division à droite mais ça ne doit pas nous arrêter. Il prend la main, mais ça ne change rien, on est en mars 2015, et les Français voudront autre chose en 2017 »

Laurent Ruquier, au sujet de ses « regrets » d’avoir « banalisé » les idées d’Éric Zemmour en l’exposant dans son émission On N’est Pas Couché sur France 2, interviewé par L’Obs daté du 2 avril

« Je répondais à François de Closets qui prétendait que les opinions de Zemmour n’étaient pas présentes dans les médias. Au contraire, je suis bien placé pour savoir que Zemmour est très présent dans les médias. Cela ne me gêne pas, même si je ne partage pas ses idées »

Jean-Louis Debré, au sujet de ses collègues du Conseil constitutionnel, interviewé par L’Obs du 2 avril

« Si vous saviez, ils sont parfois d’un ch… » « Mais je les adore, bien sûr, tous, sans exception. Nous formons une vraie communauté de neuf, nous vivons tous les jours ensemble… »

Martine Aubry, cité par Le Figaro du 2 avril

« Il est insupportable qu’on dise, comme le premier ministre le soir du premier tour, que c’est une victoire car le FN n’est pas la première formation politique de France » « C’est une aberration de dire qu’il qu’il n’y a pas de demande de gauche ou de dire que c’est la faute des frondeurs »